‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 159 sur 243 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

cipes prétendus religieux qu'elle cherchait à y répandre et qui tendaient à produire des schismes dans l'église et à mettre le désordre,.... avait décidé de ne pas renouveler à Mlle Greaves son permis de séjour. » Le juge de paix était cependant invité à mettre des égards dans sa communication à Mlle Greaves; à lui accorder, par exemple, jusqu'à la Saint-Jean, époque où elle devrait décidément quitter le pays. Au surplus, le conseil rendait un bon témoignage à Mlle Greaves. Se conformant à ses instructions, le juge de paix, M. A. Cazenove, transmit à MUe Greaves l'ordre qui la concernait, et comme pour atténuer la rudesse du coup qu'il était appelé à frapper, cet honorable magistrat exprima son déplaisir « d'être l'organe d'une communication qui ne serait peut-être pas agréable! » Il faut avouer que le mot est jolil Mlle Greaves dut être bien sensible à cette marque de sympathie. Elle n'en adressa pas moins au conseil d'état une protestation énergique dans laquelle elle exprimait la conviction que ses adversaires jouissaient d'une trop grande considération pour qu'aucune justification de sa part fût écoutée. Elle s'élevait hautement contre les accusations formulées dans le message du conseil d'état. Elle déclarait, en outre, n'appartenir elle-même à aucune secte, « II est vrai, dit-elle, qu'il y a des personnes pieuses qui ne se connaissaient pas autrefois, qui s'aiment maintenant cordialement, qui ont du plaisir à se trouver ensemble, non point pour critiquer ou juger les autres, ni pour former des complots contre l'église ou contre l'état, mais pour s'exciter mutuellement à la charité et aux bonnes œuvres. » Mlle Greaves n'ignorait rien de ce dont on accusait les personnes pieuses, mais elle engageait les pères de la patrie à constater les faits avant de condamner. « Le réveil, ajoutait-elle, qui se manifeste dans le canton et dont on fait honneur aux étrangers, au lieu de l'attribuer à celui seul qui peut produire un effet si merveilleux, est absolument universel... Dans les quatre parties du monde l'Esprit de Dieu a soufflé. » Enfin, Mlle Greaves terminait sa lettre

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en intercédant auprès des magistrats en faveur des citoyens pieux, afin de détourner de dessus eux des mesures de rigueur. Une telle requête ne pouvait pas être prise en considération. Ml,e Greaves quitta donc le canton ; elle se rendit à Genève et dès lors, croyons-nous, elle n'a plus reparu dans un pays où elle avait été, pour sa part, l'instrument d'un bien véritable

1 On ne lira pas sans intérêt, pensons-nous, les deux lettres suivantes qui ont trait aux faits que nous venons de relater et qui font ressortir avantageusement le caractère et les intentions de Mlle Greaves. Ces lettres nous ont été obligeamment communiquées par M. Fréd. Frossard, à la mère duquel elles avaient été adressées.

« Je vous envoie, chère dame, une collection de mes traités, que j'avais l'intention de remettre moi-même à monsieur le landammann Clavel, mais mon départ étant un peu précipité, je vous prie de vouloir bien la lui donner de ma part.

» J'ai joint la copie de la seule lettre que j'aie écrite à M. le pasteur Curtat, et celle que j'ai adressée à l'académie, et comme je n'ai point eu de réponse ni à l'une ni à l'autre, j'espère que monsieur le landammann ne m'accusera plus d'avoir manqué à ma parole.

» Agréez, ma chère madame, avec l'expression de ma reconnaissance pour tout l'intérêt que vous avez bien voulu me témoigner, les vœux que je fais pour votre bonheur particulier, aussi bien que celui de l'heureux canton que vous habitez, pour lequel je conserverai toujours l'attachement le plus doux.

» J'ai l'honneur d'être, ma chère madame, votre dévouée,

» Mary-Ann Greaves.

» Jeudi soir. »

« Bourdigny près de Genève, 10 août 1822.

» Je viens, ma chère madame, vous accuser la réception d'un petit paquet de traités que je vous avais remis pour être déposé entre les mains de M. le landammann Clavel, pour qu'il pût à son loisir examiner si en effet les livres que je répandais étaient propres à produire le schisme dans l'église et des désordres dans l'état.

»J'avais fait remettre, par les mains de M. Recordon, à M. Gilliéron, recteur de l'académie, un paquet avec la lettre dont je vous ai remis copie; mais ces messieurs n'ont jamais daigné m'en accuser la réception ; j'ai attendu trois semaines leur décision, résolue de me soumettre à toutes les restrictions qu'ils jugeraient à propos de m'imposer; mais au bout de ce temps, ne recevant ni défense, ni approbation, j'aj recommencé la distribution avec d'autant plus de confiance, que je savais que tous les bruits qu'on faisait courir étaient faux, et qu'il n'y avait pas un de mes traités qui ne fût déjà connu de messieurs les pasteurs, et dont M. Levade n'eût pas distribué lui-même un grand nombre; car il n'expédiait presque jamais un paquet de

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