CHAPITRE VII
Lorsqu'en 1823, le conseil d'état présenta au grand conseil son compte-rendu administratif pour l'année précédente, il fut,
Bibles sans ajouter de mes brochures, et même avant que notre cher et respectable M. Curfat ait publié sa brochure, dans laquelle j'ai appris pour la première fois qu'il désapprouvait les traités, j'avais l'habitude de partager la première centaine de chaque nouveau traité en quatre parties et d'en envoyer une à M. Antoine Curtat, une à M. Demontet, une à M. Ricou, et une à M. Chavannes-Porta. Depuis que l'opinion de M. Curtat a été énoncée, je n'ai plus envoyé chez messieurs les pasteurs, mais seulement à M. Levade, qui ne manquait jamais* de me demander sa bonne portion. C'est donc des mains de monsieur le président de la société biblique et en son nom que messieurs les pasteurs du canton ont reçu les mêmes livres, pour la distribution desquels on punit aujourd'hui messieurs les ministres et messieurs les proposants.
Vous comprenez, chère dame, quelle inconséquence il y a dans tout ceci. Oh! que de peine et d'embarras on se serait évité si seulement on avait voulu examiner avant déjuger, condamner et punir. Moi-même avec quel plaisir j'aurais écouté les conseils de ces messieurs, s'ils avaient bien voulu m'en donner; et M. Curtat lui-même ne pouvait pas douter de ceci, après la preuve incontestable que je lui ai donnée, il y a cinq ans, quand j'ai brûlé toute une édition d'un petit traité, parce que, l'ayant consulté, il a jugé que la leçon de morale que j'avais voulu enseigner ne ressortait pas assez; il est vrai que le cher pasteur ne m'a tenu aucun compte de cette marque d'égard pour son opinion ; il ne m'a jamais aimée ; parce qu'il m'a imputé des idées et des intentions qui étaient également éloignées de ma tête et de mon cœur. Jamais, non jamais, je n'ai voulu faire de la peine à qui que ce soit; encore moins aux serviteurs de mon divin Maître. Tout ce qui tient à lui est sacré à mes yeux ; je voudrais au contraire profiter de leurs conseils, m'éclairer par leurs lumières et passer ainsi ensemble la pénible carrière de la vie.
» Mon bien-aimé et vénérable ami, M. Moulinié, me charge de vous faire ses compliments ; je vous remercie des moments agréables que vous lui avez fait passer: il se les rappelle avec reconnaissance. Je le vois peu à présent, parce que je me suis établie à la campagne à une lieue et demie de Genève; j'espère trouver le repos dont j'ai tant besoin. Je voudrais qu'on m'oubliât, pour me laisser le temps de penser avec joie et reconnaissance aux années de bonheur que j'ai passées dans le canton de Vaud, et à tous les amis chéris que je viens de quitter. Notre séparation ne sera point longue; encore un peu de temps, et ceux qui s'aiment ici-bas seront réunis au seul vrai principe d'amour; nul enfant ne pleurera dans la maison paternelle, car il
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sur le chapitre des affaires ecclésiastiques, d'une brièveté excessive. « Les pasteurs et les suffragants, disait-il, ont obtenu de justes éloges dans l'assemblée de censure. Cependant, quelquesuns des suffragants, heureusement en très petit nombre, n'ont pas profité des exhortations qui leur avaient été précédemment adressées sur l'exaltation de leurs opinions religieuses et l'imprudence de leur conduite, qui commençait, dans divers lieux, à occasionner des désordres et à troubler la paix de l'église.
» Sur de nouvelles plaintes, le conseil d'état a jugé indispensable d'employer des moyens de rigueur, et c'est dans ce but qu'il a pris récemment deux arrêtés par lesquels deux de ces suffragants ont été rayés du tableau des ministres et déchus de la faculté de remplir aucune fonction ecclésiastique dans le canton. »
On ne pouvait pas traiter d'une manière plus expéditive une question aussi grosse de difficultés!
Combien il voyait plus juste ce pasteur Vallouy qui, apprenant la radiation de Chavannes et la menace suspendue sur la tête de Juvet, écrivait à l'un de ses amis: « Il me semble que nos gouvernements civils et ecclésiastiques, qui semblent redouter beaucoup une séparation, prennent une route qui, s'ils la suivent longtemps, doit enfin conduire à ce résultat. Ces jeunes gens, remplis de zèle, ne voudront pas rester oisifs; chassés des temples, ils tiendront des assemblées particulières; elles deviendront peut-être assez nombreuses pour former une église et même des églises. On les forcera peut-être à quitter
y a des plaisirs à la droite de son Père à jamais, et l'œil n'a point vu, et l'oreille n'a point entendu, et il n'est point entré dans le cœur de l'homme de concevoir les joies qu'il a préparées pour ceux qui l'aiment.
» Pardon, chère dame, si je vous ai entretenue un peu longuement ; je vous prie de saluer pour moi mesdames vos filles et de me croire toujours
» Votre dévouée » Mary-Ann Greaves. »