CHAPITRE VII
L'année 1823 avait commencé au milieu des luttes religieuses et d'une agitation qui, dans certaines localités de notre canton, avaient abouti à une réelle persécution et à de véritables émeutes. Les préoccupations que faisaient naître des faits de cette nature s'emparaient peu à peu de tous les esprits, et il se fit alors un pas de plus dans le sens de l'intolérance. A mesure que le réveil s'accentue, se développe et s'étend; à mesure aussi l'opposition croît, grandit ; elle trahit par des actes, autant que par des paroles, l'intention bien arrêtée d'en finir avec des doctrines et une vie qu'elle ne comprend pas et qui lui sont antipathiques.
L'académie, qui aurait dû être le refuge de la liberté, continue à procéder d'une manière inquisitoriale et tracassière. C'est d'abord le jeune ministre Fréd. Cruchaud qui, aux premiers jours de 1823, est accusé par le doyen Morel d'avoir « causé une dissension dans l'église de Payerne, far l'intrépidité d'un zèle mal dirigé et mal entendu! » Et l'académie de censurer M. Cruchaud, pour une lettre très probablement apologétique de sa conduite. C'est ensuite le proposant Henri Olivier, duquel dans l'affaire de Chavannes on a pris bonne note, et qui, vu ses relations avec le dit M. Chavannes, comparait devant l'académie. Il a beau déclarer qu'il n'a pas reçu chez lui, en dépôt, des exemplaires de la brochure de l'ancien suffragant d'Aubonne; qu'il n'a lu le Récit des faits que quelques jours après l'émission de cet ouvrage ; il se voit néanmoins exclu des épreuves pour le saint ministère1. « Il est, dit l'académie, de la plus haute importance de n'admettre au saint ministère que des hommes qui inspirent une entière confiance. » Cependant l'académie croyait
• Procès-verbaux de l'académie, 30 mai 1823.
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devoir exprimer ses regrets d'une pareille décision « à l'égard d'un jeune homme tout à fait recommandable par la pureté de ses mœurs, ses talents et son application à l'étude. » (11 juin.)
M. Olivier, contraint de chercher ailleurs une consécration au saint ministère que l'académie lui refusait, alla en Ecosse et reçut à Glascow l'imposition des mains dans une chapelle presbytérienne. C'était en vain que son vénérable père, le pasteur de Cossonay, avait, dans une longue et ferme requête au conseil d'état, protesté contre la décision de l'académie. C'était en vain qu'il avait démontré le non fondé d'une sentence aussi barbare. Le conseil d'état donnant, en tout et partout, gain de cause aux mesures intolérantes de l'académie et des classes contre les proposants et les impositionnaires pieux, répondit que les décisions de l'académie étaient justifiées, et que, par conséquent, elles devaient être maintenues. Cette réponse, signée J. Muret, landammann en charge, fut transmise à M. Olivier par le lieutenant du conseil d'état à Cossonay, M. Caille.
Le 9 mai, l'académie prend connaissance des lettres confidentielles adressées au département de l'intérieur par MM. Rochat, premier pasteur, et Fatio, juge de paix à Yverdon, dans lesquelles ces derniers dénoncent l'impositionnaire L. Barbey comme étant venu à Yverdon, y ayant assisté à des assemblées religieuses et officié chez un certain Mermod, manœuvre. L'académie répond que Barbey « passe pour partager les opinions des impositionnaires qui agitent actuellement l'église; » qu'il va .partir pour la France, que s'il n'y allait pas, il serait bon d'empêcher cet impositionnaire de répandre le trouble dans des paroisses étrangères et de faire des services religieux qui ne sont pas admis aux yeux de la loi. On pense, de plus, qu'il serait à souhaiter que le conseil d'état pût remédier aux désordres causés par ces assemblées par une loi explicative des ordonnances, ou par tel autre moyen que, dans sa sagesse, il jugera à propos d'employer. On le voit, la loi du 20 mai a été préparée de longue main et par des influences cléricales incontestables.