CHAPITRE VII
C'est alors que, toujours plus passionné d'autorité et s'imaginant encore pouvoir enrayer le mouvement qui s'accomplit, « le doyen Curtat propose que l'on exige à l'avenir des impositionnaires qu'ils reconnaissent l'académie, non-seulement comme un corps désigné par la loi pour faire des nominations, mais comme un corps dans un ordre conforme aux principes de l'Evangile et de la confession de foi helvétique l. » Cette proposition parut très importante à la vénérable académie qui décida de la prendre en considération. Un mois après, des candidats au saint ministère ayant été consacrés, puis exhortés, l'un d'eux, M. Bauty, « adressa à l'académie les remerciements et les vœux des candidats et lui témoigna de leur part qu'ils chérissaient la dépendance juste et nécessaire de l'académie et qu'ils seraient toujours disposés à se conformer aux directions du corps sous l'inspection duquel la loi les plaçait 2. » Le doyen Curtat dut être entièrement satisfait d'une déclaration aussi étendue et aussi humble. Il dut se féliciter intérieurement d'avoir découvert le moyen de maintenir dans l'obéissance des jeunes hommes qui se montraient ainsi plus royalistes que le roi! Cependant, le mouvement ne s'arrêta point pour cela, et M. Curtaf eut bientôt des occasions multipliées de s'en convaincre.
Aux coups d'autorité, l'académie jugea qu'il était à propos de joindre la puissance de la persuasion, et le professeur Leresche fut chargé de donner aux étudiants en théologie deux leçons spéciales de prudence pastorale. Elles sont caractéristiques.
Le professeur traite des opinions particulières attribuées aux
* Procès-verbaux de V académie, 21 juin.
* 28 juillet.
280 livre m.
jeunes ministres, et, après les avoir formulées, il en fait la critique. Il représente le christianisme comme réduit par les dits ministres à quelques points principaux, constituant seuls le fond de leur prédication. Il les accuse de reconnaître à l'homme le pouvoir de discerner en lui-même et chez les autres, le fait ou l'absence de la régénération et la faculté d'en indiquer le moment précis ; de s'exprimer sur le mérite des œuvres d'une manière propre à faire croire qu'il n'en faut pas faire; de regarder leur manière de penser et de considérer l'Ecriture comme si sûre que tout hommo qui ne penserait pas comme eux ne serait pas chrétien, et d'envisager comme un devoir de répandre leurs opinions, non-seulement en public, mais surtout dans des assemblées particulières regardées par eux comme légales.
Parmi ces critiques, il pouvait y en avoir quelques-unes de fondées ; d'autres ne l'étaient point ou étaient singulièrement exagérées, et la dernière, par exemple, ne pouvait avoir aucune Valeur réelle. Le professeur lui-même le sentit assez, paraît-il, pour qu'avant de terminer ses leçons il crût devoir rendre justice aux jeunes ecclésiastiques, « très recommandables par leur zèle et par leur conduite. » Réduisant ensuite ses critiques jusqu'à les annuler en fait, il déclara « qu'il n'y avait donc qu'un peu d'effervescence, rien qui annonçât une secte dans les opinions des jeunes ministres, mais certaine affectation peut-être blâmable. » « Il faut, — ainsi concluait M. Leresche, — une grande
prudence; les brebis d'aujourd'hui sont peu dociles; il faut
des mouvements très doux ! » C'est ainsi qu'on passait tour à tour du grave au gai, du plaisant au sévère. Il est vrai que le côté plaisant de la situation était pour ceux qui avaient le pouvoir en mains et qui en usaient d'une manière injuste et brutale, et que le côté sérieux et sévère était pour les victimes des mesures intolérantes. Or l'on ne paraissait point disposé, en haut lieu, à faire céder en quelque mesure la rigueur que l'on avait déployée. Qu'on en juge par la pièce suivante, adressée au grand