‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 166 sur 243 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

singulières, et plusieurs combattants descendent dans l'arène.

C'est d'abord un professeur en théologie, collègue de Levade, M. Dufournet, qui s'empresse de répondre à Rochat. Au dire du défenseur officieux de Levade, le comité n'avait point vu dans le rapport incriminé d'attaques contre les doctrines admises dans l'église du canton de Vaud. Ce rapport se bornerait à faire allusion à l'orgueil de ceux qui prenaient en pitié la masse dont ils se séparaient. Remarquons, en passant, que cette apologie du comité pouvait bien être concluante sur le chef principal d'accusation, mais que le rapport lui-même manquait tout au moins de charité dans ses allusions aux chrétiens qui, pour lors, se trouvaient sous le coup de la proscription officielle et qu'atteignaient déjà de réelles persécutions. M. Dufournet, comme pour donner gain de cause à ceux qui auraient trouvé peu édifiant le procédé du comité, attaquait lui-même un ouvrage d'Erskine sur la foi. qui avait été, paraît-il, abondamment répandu dans le public.

Cette lettre était à peine partie de Lausanne, qu'à son tour Levade en écrivait une autre à Rochat. Mais ici l'on retrouve, avec un sentiment de vraie satisfaction, le côté pacifique du caractère du vénérable fondateur de la société biblique. Il est, on le sent, vivement affecté de l'attaque dont son rapport est l'objet; mais dans l'impossibilité où il se voit d'en retirer les 1300 exemplaires déjà répandus, il engage Rochat à se laisser guider, dans la polémique qu'il est en train de poursuivre, par des sentiments de paix et de concorde.

Assurément, nous croyons que de tels sentiments existaient déjà dans le cœur de Rochat, et que la vivacité de son attaque ne provenait que de la conviction profonde où il était que des vérités importantes avaient été niées C'est ce qui ressort avec

1 II est possible que le zèle inquiet et préoccupé de Rochat lui fît apercevoir des hérésies où il n'y en avait pas. Nous laissons à nos lecteurs le soin de trancher euxmêmes la question, en leur soumettant les extraits suivants de la conclusion incriminée:

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évidence de sa réplique à M. Dufournet. Dans cette pièce il maintient, en effet, ce qu'il a avancé sur l'absence de la doctrine des peines éternelles dans le rapport. Il va plus loin, et sa lettre renferme des révélations non moins affligeantes qu'instructives sur l'état doctrinal du clergé vaudois en 1823, et sur la pénible tension qui existait à cette époque entre les partis religieux. L'unité de foi, dit Rochat, qu'on prétend exister entre les ministres de notre canton, est une vraie chimère. Il est sûr qu'une accusation aussi positive et aussi grave devait sonner bien mal aux oreilles d'hommes qui plaçaient peut-être trop l'unité de la foi dans

« Chrétien.... laisse ces penseurs ou ces écrivains téméraires qui annoncent la découverte de doctrines méconnues par l'universalité presque entière des chrétiens, qui bâtissent des systèmes sur quelques passages isolés, qui ne veulent voir qu'une étoile fixe dans l'étendue des cieux, et croient expliquer la machine de l'univers par l'inspection continue d'une seule roue....

» Lorsqu'on est fortement attaché aux idées particulières d'une secte ou à des opinions qui nous sont propres, on va en avant, et le zèle qui nous pousse est souvent sans connaissance et sans charité. On sonde alors les Ecritures pour y chercher des passages qui appuient nos opinions ; on ouvre ce livre comme la porte d'un arsenal pour y saisir des armes d'attaque et de défense.... De plus, à la suite de nos préventions en faveur de tel ou de tel système, se glisse l'esprit de vanité, on en vient quelquefois à se complaire dans l'idée d'attaquer les idées généralement reçues, on est flatté de se croire appelé à renverser un édifice existant pour en reconstruire un autre, au risque que le malheureux qu'on a fait sortir du premier ne se trouve pas à couvert dans le second. On se complaît à se croire seul interprète intelligent de l'Ecriture; on voit d'abord en pitié la masse grossière des humains plongée dans la condamnation éternelle; on se croit désigné à être le régénérateur de la génération présente; on se permet de classer, souvent par des jugements téméraires, ceux qui sont ou ne sont pas dans la lumière; heureux encore si l'on n'en vient pas à se croire éclairé, appelé, élu par une voix d'en haut et des dons surnaturels. Arrivé à ce point d'élévation, il n'est plus rare que la tête tourne, qu'on se croit en droit de se soustraire aux autorités temporelles, et qu'on fait témérairement usage d'un argument sans réplique : // vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes.

» ... Loin donc de nous enorgueillir, de nous persuader avoir trouvé seuls l'étoile polaire dans le ciel, loin de désigner du doigt au milieu des orages de la vie ceux qui sont ou ne sont pas chrétiens; ceux qui, au moment du naufrage du vaisseau, pourront ou n?. pourront pas trouver place dans la chaloupe du salut, ne cessons de prier Dieu »

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