‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 167 sur 243 · CHAPITRE vni · texte numérisé non relu

CHAPITRE vni

l'adhésion formelle à des liturgies et à des confessions de foi, ou, pour tout dire en un mot, dans une orthodoxie officielle!

Rochat s'élève avec vivacité contre la manière dont on combat ceux que l'on a appelés plus tard les hommes du réveil. « Prendre en pitié les masses, s'écrie-t-il, c'est là ce qu'on prêle aux méthodistes ou exaltés ou exagérés ; mais c'est là l'effet d'une ruse qui fait d'un langage scripturaire un langage orgueilleux, ridicule et anti-chrétien ! » Il paraît que M. Levade disait de Rorhat qu'il voulait être le régénérateur de la génération présente. Rochat répond très sensément qu'au moyen de changements de mots et de phrases, on attaque des gens dont on travestit les opinions et le caractère. Puis, se retournant vivement contre son ancien professeur, il appuie l'accusation qu'il a lancée à l'origine et qui fait l'objet du débat, par un argument ad hominem qui dut paraître singulièrement hardi, et que Rochat lui-même eût probablement épargné plus tard à son antagoniste: « N'avons-nous pas souvenir, écrit-il au collègue de ce dernier, que, dans nos leçons, M. Levade attaquait le dogme de l'éternité des peines ? Il m'avait, continue t il, inspiré à moi-même des doutes; je les communiquai à M. Curtat, qui me ramena sur ce point à la foi évangélique. Nouvelle preuve, ajoule-t-il un peu amèrement, de l'unité de foi qui existait dans ce canton ! »

En plaçant le débat sur le terrain de la doctrine, Rochat devait remporter une facile victoire. Il est certain, en effet, que la froideur qui régnait entre le doyen Curtat, dont Rochat se fait un point d'appui contre Levade, et Levade lui-même, avait en grande partie sa source dans la dogmatique singulièrement pâle de ce dernier. La doctrine vitale de la divinité de Jésus-Christ était l'une de celles sur lesquelles il avouait à ses étudiants avoir vacillé toute sa vie! Hâtons nous d'ajouter que, plus tard, et vers la fin de sa carrière, il était arrivé à des convictions arrêtées sur ce point.

A ce moment nous voyons un nouveau combattant prendre part à la lutte engagée entre Levade et Rochat.

M. Bron, doyen de la classe de Morges, dans la juridiction ecclésiastique duquel se trouvait Rochat, écrit à ce dernier qu'il ne voit rien dans la conclusion du rapport incriminé qui puisse assez intéresser la conscience pour motiver des attaques. Craignant que le pasteur de Bière ne donnât suite à son projet de répondre par la voie de la presse aux opinions énoncées par M. Levade, il lui rappelle les résolutions prises récemment par le gouvernement, les désordres qui ont eu lieu, les arrêtés qui doivent punir de jeunes ministres imprudents, et enfin le fait que le grand conseil a mis toutes les imprimeries et les librairies sous une censure extraordinaire. Si donc Rochat faisait imprimer quelque chose en dehors du canton, une suspension l'atteindrait à coup sûr. Après ces avertissements dictés par une sollicitude véritable, mais méticuleuse et peu intelligente de la valeur exacte des questions engagées, le vieux doyen termine cette lettre par cette foudroyante apostrophe : Gardez-vous de livrer quoi que ce soit à l'impression, vous renouvelleriez par là et confirmeriez l 'opinion que vous tenez aux monder s !

Gomment Rochat reçut-il ces solennelles injonctions de son supérieur ecclésiastique? Lui-même nous l'apprend dans une nouvelle et dernière lettre en date du 21 juin 1823. Il a, dit-il, abandonné l'idée d'une réponse imprimée; mais, quant à l'unité de l'esprit, que le doyen veut voir conservée, comment cela serait il possible, puisque cette unité n'existe pas? « Quant au nom de mômier, ajoute Rochat, je le repousse avec horreur, si l'on attache à ce nom l'idée d'une secte qui a des opinions contraires à l'Evangile Mais, peut-être, ce nom est une arme

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