‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 168 sur 243 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

que bien des gens emploient pour se défendre contre la vérité quand on la leur prêche.... Dans le siècle où nous vivons et qui succède au siècle de la plus affreuse impiété, les hommes ne se laissent pas convertir sans crier. J'ai crié aussi, moi, et mon vieil homme qui se débat crie encore souvent mômier au nouvel homme qui se forme par la grâce de Dieu.... Au reste, cette prétendue secte n'existe comme secte que dans l'opinion publique. »

Nous avons tenu à citer ces dernières paroles de Rochat, parce qu'elles montrent sur quels terrains différents se trouvaient les deux partis religieux dont l'existence se dessine et s'accuse nettement autour du rapport, maintenant oublié, de la société biblique. On sent qu'entre Rochat et ses antagonistes, il y a plus que la question de l'éternité des peines; il y a une autre conception du christianisme doctrinal ; une autre manière de comprendre son action sur la conscience et sur la vie, et bientôt aussi une autre notion de l'église et de la société des croyants sur la terre. Il est évident que Rochat ne fut pas compris et que ses antagonistes durent être amenés, par le résultat final de cette correspondance, à espérer fort peu d'un homme qui apportait tant de fermeté dans la défense de ses convictions.

Nos lecteurs éprouveront peut-être, comme nous, une impression pénible à la pensée de ces luttes entre hommes qui professaient la foi chrétienne et qui invoquaient sur eux le beau nom du Sauveur ! Ils étaient, nous devons le croire, sincères dans leurs vues, et ils les défendaient avec une entière bonne foi ; mais ils n'avaient certainement pas tous encore embrassé la vérité dans sa plénitude, et, ce que, dans le besoin de pallier nos manquements à l'égard de la charité nous appelons volontiers Y humaine faiblesse, n'avait encore que trop de prise sur leurs cœurs. C'est ainsi, hélas 1 que dans ces combats livrés en l'honneur de la vérité, l'amour a reçu de tout temps bien des atteintes funestes. Etudiez-vous à la charité, disait le grand apôtre des gentils.

Dans l'automne de 1823, un ami de MM. Chavannes et Juvet vient se ranger à leurs côtés dans la lutte qu'ils soutiennent pour la cause de l'Evangile et de la libre activité dans l'église. M. François Olivier, fils du pasteur de Cossonay et frère du proposant exclu des épreuves pour le ministère, était sufïragant à Penthaz. « Quoiqu'il ne se fût pas trouvé en conflit avec les autorités, il ne tarda pas à se voir dans la même position que Chavannes et Juvet. Le Seigneur jugea à propos de l'amener aux mêmes résultats par une voie bien différente. Depuis assez longtemps déjà, ce ministre du Seigneur gémissait en son âme des abus qui s'étaient introduits dans l'église nationale. Il voyait chaque jour mieux que ses institutions et ses usages surtout n'étaient pas conformes à la Parole de Dieu à l'égard des choses de la plus haute importance. En sorte que, ne pouvant plus supporter le poids d'une charge qui l'obligeait, dans les devoirs qu'elle lui imposait, à se trouver constamment en opposition à l'Evangile, il se détermina à renoncera son poste et fit part de cette résolution à l'académie S » par la lettre que voici, datée du 28 septembre 1823:

Penthaz, le 29 septembre 1823.

Monsieur le recteur, messieurs les pasteurs et professeurs, membres de la vénérable académie!

J'ai l'honneur de vous notifier une démarche qui vous paraîtra peutêtre étrange au premier coup d'œil, mais que je ne fais que par un motif de conscience et pour n'être pas infidèle dans le saint ministère qui m'a été confié.

Lorsque je reçus par l'imposition des mains cette excellente charge, je ne connaissais point, comme Dieu m'a fait la grâce de la connaître

1 Recueil des pièces officielles.

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