CHAPITRE VIII
depuis, la divine et éternelle vérité révélée dans l'Ecriture sainte. A mesure que cette précieuse connaissance m'a été donnée et augmentée, j'ai aussi découvert, dans l'institution de l'église nationale de notre canton et dans les usages qui s'y sont joints, plusieurs choses qui ne sont point selon la Parole de Dieu, ou qui même sont contraires à cette Parole sainte, qui doit être et sera à jamais le fondement et la lumière de l'église, comme aussi la règle invariable de tout vrai ministre de Jésus- Christ.
Ainsi, par exemple, le genre de prédication qui s'est introduit peu à peu dans l'église extérieure, à mesure qu'elle s'est éloignée de la simplicité de la foi, et qui consiste aujourd'hui dans des discours oratoires assujettis aux règles de l'éloquence et de la sagesse des hommes, ne me paraît être ni la plus utile, ni même la véritable forme de la prédication évangélique, et je sens que prêcher l'Evangile, c'est faire voir aux auditeurs ce qui est contenu dans cette Parole de vie, et dans ce but la leur expliquer par elle-même et avec la plus grande simplicité.
Le catéchisme prétendu d'Osterwald qui s'est glissé dans nos écoles, et dont on s'est habitué à se servir pour l'instruction des catéchumènes, n'enseigne point les doctrines de l'Evangile et lui est même souvent opposé.
La liturgie des églises de notre canton n'est pas non plus évangélique, du moins en général, et n'exprime pas les sentiments d'une âme chrétienne envers Dieu son Sauveur.
Un abus intolérable est la confirmation du vœu du baptême, qu'on exige des catéchumènes avant de les admettre à la communion. Cette ratification suppose un vœu fait au baptême, mais dont il n'est parlé ni dans la liturgie du baptême, d'où il s'ensuit qu'il n'y a par conséquent aucun vœu à confirmer, puisqu'il n'en a été fait aucun, ni dans la Parole de Dieu. Au contraire, lorsque l'officier éthiopien demanda à Philippe de le baptiser, l'apôtre, loin de lui prescrire aucun vœu, lui dit simplement : Si tu crois de tout ton cœur, cela V 'est permis, et il le baptisa lorsque l'eunuque lui eut répondu: Je crois que Jésus-Christ est le Fils de Dieu, (Act. VIII, 37.) Sans doute une telle déclaration de foi est nécessaire pour recevoir les symboles sacrés (de la cène), puisqu'ils sont des signes de grâces obtenues préalablement par la foi, et l'usage de baptiser les petits enfants nécessite celui de leur faire rendre raison de leur foi lorsqu'ils sont en âge de connaissance, puisqu'ils n'ont pu le faire à leur baptême. Mais il n'est nullement nécessaire d'ajouter à cette simple confession de foi un vœu, une promesse, un engagement et même un
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serment de fidélité à Dieu et à Jésus-Christ, comme cela se trouve dans notre liturgie, où on lit entre autres cette phrase: Ils (les catéchumènes admis) promettent d'obéir à tes lois, ils jurent en ta présence qu'ils te seront fidèles. (Pag. 19.) De plus, un tel engagement est d'un côté tout à fait inutile, vu que ce ne sont point nos promesses à Dieu qui peuvent nous rendre fidèles, mais sa seule grâce, et que nous ne voyons que trop que ce vœu du baptême ne tarde pas à être violé par ceux qui le prononcent, et de l'autre extrêmement téméraire et dangereux, puisque sa violation ne sert qu'à nous rendre plus coupables et à aggraver notre condamnation. Aussi est-il écrit: Quand tu auras voué un vœu à V Eternel ton Dieu, tu ne tarderas point à l'accomplir, car V Eternel ton Dieu ne manquerait point à te le redemander, ainsi il y aurait du péché en toi. Mais quand tu t'abstiendras de faire des vœux, il n'y aura pas pour cela de péché en loi. (Deut. XXIII, 21, 22.) Et ailleurs encore: Quand tu auras voué quelque vœu à Dieu, ne diffère point de Vaccomplir, car il ne prend point déplaisir aux insensés; accomplis donc ce que tu auras voué. Il vaut mieux que lu ne fasses point de vœux, que d'en faire et de ne les accomplir pas. (Eccl. V, 3.)
Enfin, un autre vice capital de nos institutions ecclésiastiques, c'est qu'elles ne font mention d'aucune discipline, que les pasteurs n'ont aucun moyen d'écarter du corps visible de l'église ceux qu'ils voient se souiller par leur incrédulité et leur mauvaise vie, et que les ministres fidèles se trouvent dans la douloureuse contrainte de donner la communion du pain et de la coupe à un grand nombre de personnes qu'ils savent n'être nullement en communion avec le Sauveur, et par conséquent ne pouvoir participer à sa cène, mais au contraire manger et boire leur condamnation, en ne discernant pas son corps et son sang. (1 Cor. XI, 29.) Tandis que le Seigneur a défendu de donner les choses saintes aux chiens (Math. VII, 6), qu'il n'a donné sa cène qu'à ses disciples, et non au monde, et que sa Parole nous recommande (Voter le méchant du milieu de nous (1 Cor. V, 13), de nous retirer d'avec tout homme qui se nomme frère et qui ne vit pas selon renseignement qifil a reçu (2 Thes. III, 6), mais est au contraire fornicateur, ou avare, ou idolâtre, ou médisant, ou ivrogne, ou ravisseur, de ne pas même manger avec un tel homme (1 Cor. V, 11), ne le regardant pas toutefois comme un ennemi, mais le marquant, et ne nous mêlant point avec lui, afin qu'il en ait honte, et V avertissant comme un frère. (2 Thes. III, 14,15.)
Voilà, entre autres, messieurs, des infidélités auxquelles il m'est impossible de participer plus longtemps, ayant prêté serinent, lors de ma consécration, de remplir en mon âme et conscience les devoirs qu'impose la qua-