‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 173 sur 243 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

versés et traînés sur le chemin, poussés dans les fossés, où moi, pour mon compte, lorsque j'adressais mes prières à mon Dieu Sauveur, ils me remplirent la bouche d'excréments, me crachèrent au visage, et me tenant par les cheveux me frappaient la tête contre terre, et médisaient: « Prie maintenant ton Sauveur, il ne vient point te délivrer. » La multitude criait: « Tue-le; » un autre criait: « Non, mutile-le. » Nous avons été fouillés; ils ont trouvé le saint évangile, et l'ayant méprisé nous l'ont rendu. Ils nous ont ainsi conduits jusqu'à Mont-la- Ville, en répétant plusieurs fois sur nous avec une grande rage ces mauvais traitements et d'autres encore, comme de nous lier ensemble, de nous attacher à une pièce de bois qu'ils nous faisaient traîner, nous tourmentant à coups de pieds et de poing, nous frappant de verges et nous mettant sur les bras des pieux en forme de croix pour se moquer, et prononçant toutes sortes de blasphèmes contre l'Eternel notre Dieu.

Certainement, messieurs, je dis les choses selon la vérité devant Dieu, et par sa bonté et par le grand secours qu'il nous a accordé dans cette situation difficile, j'ai gardé la patience et la douceur et je ne me suis point vengé en quoi que ce soit, sachant que la vengeance ne m'appartient point, mais qu'elle est le droit de Dieu et aussi le vôtre, puisque vous êtes ses ministres au milieu de nous, ordonnés et établis de la part de Dieu pour faire justice en punissant celui qui fait le mal.

Or, très honorés messieurs, voici ce qui mérite une sérieuse attention, c'est que, suivant les déclarations de l'évangile éternel, le Seigneur de gloire est crucifié parmi nous dans ses membres; et si vous laissez les méchants agir selon leur volonté furieuse contre nous, certainement, comme ils l'ont juré avec exécration contre eux-mêmes, ils nous extermineront.

Quant à moi et à tous les vrais chrétiens, ce ne sont pas ces choses qui peuvent nous faire renoncer au Sauveur qui nous a rachetés, et nous sommes prêts à sceller de notre sang la justice et la vérité qui est la parole éternelle de Dieu. Et quant à vous, très honorés messieurs, prenez bien garde que notre sang ne retombe point sur vos têtes.

Je reste, très honorés messieurs, votre très respectueux et très fidèle serviteur,

Jacques Magnin, de Mont-la- Ville. »

Dirait-on que de pareilles scènes ont pu se passer chez nous, dans un pays civilisé, et au XIXe siècle! Mais, hélas! réservons nos exclamations et nos surprises, ainsi que notre indignation

pour plus tard. Nous n'avons ici qu'un acte d'aveugle sauvagerie ; nous n'assistons pas encore à la persécution réglementée et régularisée par une autorité chargée de faire respecter la liberté des citoyens paisibles et qui, par haine de l'évangile, sacrifie cette liberté à une honteuse popularité!

Jacques Magnin, l'auteur de la lettre qu'on vient de lire, était un simple tailleur, plein de foi et de courage chrétien, et qui, peu après les scènes que nous venons de raconter, termina ses jours à Genève, non sans avoir, là aussi, souffert pour la cause de l'évangile.

Les fidèles de l'Iste et des environs, victimes de la violence populaire, furent tous cités à comparaître devant le juge de paix du cercle. Mais cette affaire, en ce qui les concernait du moins, n'eut aucune suite, et la pétition de Magnin demeura sans aucun effet. Juvet, envisagé sans doute comme l'instigateur des troubles, reçut également (6 novembre 1823), du juge de paix du cercle de l'IsIe (L. Gabriel Pittet), l'ordre de paraître à son audience « aux fins de répondre aux questions qui lui seraient adressées au sujet des assemblées religieuses, tenues en maison particulière à l'Isle, et auxquelles il était prévenu avoir assisté. » Juvet, résidant à Lausanne, le juge de paix de ce dernier cercle (M. de Molin), dut permettre les rogatoires à l'Isle.

Devant le magistrat, Juvet raconta la formation toute naturelle d'assemblées religieuses à l'Isle, en dehors du temple, par le fait de visites qu'il faisait à une femme âgée et infirme ; visites qui provoquèrent, autour de la malade, un rassemblement de personnes pieuses. Après avoir expliqué la marche de ces assemblées, Juvet déclara qu'il y professait les principes de la religion

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