‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 174 sur 243 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

réformée, non tels qu'ils étaient généralement alors reçus dans la prétendue église réformée du canton de Vaud, qui avait abandonné la foi de nos pères et ne souffrait plus la saine doctrine. L'église du canton de Vaud est appelée par Juvet prétendue église, parce qu'elle diffère de la vraie église où les gens pieux sont honorés et non bafoués, et où les incrédules, les impies ne sont pas regardés comme les représentants de cette église. Le tableau que fait ici Juvet de l'état religieux du canton, à cette époque, est singulièrement sombre. Dansl 'église de notre canton, dit-il, on ne souffre maintenant qu'avec peine ceux qui sont attachés de tout leur cœur à la doctrine de Dieu notre Sauveur... Elle vient de rejeter de son sein et de rayer du nombre des siens trois fidèles serviteurs de Christ. Cependant Juvet affirme qu'il n'a jamais quitté le service de la vraie église de liste.

L'enquête faite par les soins du juge de paix lui paraissant être une atteinte grave à ses droits de citoyen, Juvet demanda que l'on couchât par écrit sa réclamation sur ce fait. En outre, craignant que quelques unes de ses réponses, présentant de l'ambiguïté, ne fussent mal interprétées, il s'adressa (21 novembre) directement au conseil d'état pour préciser sa pensée. Dans sa lettre, Juvet reconnaît avoir exhorté ses auditeurs dans les assemblées particulières, à ne pas assister aux services du temple, où des principes subversifs de la vérité révélée étaient professés. Il déclare que les fidèles convertis, à l'Isle, n'ayant pas cessé de le regarder comme leur pasteur, c'est dans ce sens qu'il a pu dire qu'il n'avait pas cessé de remplir ses fonctions de pasteur dans cette localité, depuis qu'il n'y avait plus son domicile. Seulement, ajoute-t-il , il aurait pu dire qu'il avait présidé des assemblées religieuses, non comme pasteur de la paroisse de l'Isle, mais comme ministre de la Parole de Dieu.

L'enquête poursuivie par l'autorité n'ayant pas eu de suite, Juvet rentra à Lausanne, d'où nous le verrons bientôt visiter

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de nouveau son ancienne paroisse. Quant à M. F. Olivier, désiré par les fidèles â'Aubonne, il alla se fixer au milieu d'eux, pour paître ce petit troupeau.

Se voyant « rejetés des hommes, séparés par cela même de l'église nationale et constitués par le Seigneur d'une manière toujours plus positive pasteurs de l'église de Dieu, c'est-à-dire, des âmes converties à la foi et cheminant fidèlement selon l'Ecriture, MM. Chavannes, Juvet et F. Olivier ne tardèrent pas à se trouver en conflit avec l'église nationale, soit quant aux assemblées qui se tenaient dans leurs maisons, soit quant à de jeunes catéchumènes converties, qui ne voulaient pas recevoir les instructions infidèles des pasteurs de leurs paroisses, soit quant à la cure d'âmes, soit quant au baptême de leurs enfants qu'ils ne voulaient pas faire administrer dans une église dont ils étaient repoussés et séparés, à cause de son infidélité1... » Delà, pour ces ministres, la nécessité de prendre, vis-à-vis de l'église nationale, une position nouvelle et que l'on aurait été bien loin de prévoir. Une circonstance particulière les aida à prendre une détermination qui, de toute manière, était très grave et devait avoir des conséquences aussi importantes qu'inattendues.

Cette circonstance, la voici. MM. Chavannes et Juvet ayant, précisément dans ce même moment, chacun un enfant à faire inscrire dans le registre des naissances, ne le firent point baptiser dans le temple. Il s'en suivit entre Juvet et le pasteur Chavannes-Porta, détenteur des registres des naissances et baptêmes, une correspondance assez vive, qui passa sous les yeux du conseil d'état. Le 15 décembre 1823, M. Chavannes écrivant

1 Recueil des pièces officielles.

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