‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 175 sur 243 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

à Juvet que le conseil d'état considérait le fait du non-baptême de son enfant comme une infraction aux lois, lui demande s'il peut croire « que son enfant ne serait pas admise dans l'église chrétienne en recevant le baptême dans l'un des temples nationaux? » Il reproche à Juvet de se séparer, de rompre l'union de l'église, tandis qu'en réalité, ils enseignent, les uns et les autres, la même doctrine.

Le même jour, Juvet répond à M. Chavannes: « Le conseil d'état sait bien que je ne considère pas l'église de notre canton comme une vraie église de Dieu. » C'en est une contrefaçon, et, par conséquent, il n'y a point de baptême à réclamer dans ses temples. « Désormais, nous sommes séparés de l'église nationale actuelle et indépendants d'elle pour tout ce qui tient au spirituel... Nous ne sommes séparés d'aucune âme sérieuse ... Nous ne sommes séparés comme membres de l'église de Dieu, que des fausses doctrines et de ceux qui persistent à y adhérer malgré de sérieux avertissements. » Le baptême d'eau, dit Juvet, n'introduit pas dans l'église chrétienne. Il est devenu dans notre pays, la source de cette grave erreur, qu'on est chrétien depuis qu'on a été baptisé. « Sommes-nous des païens? » dit-on, et on refuse de se convertir. « Par le déplorable genre de prédication qui s'est introduit, les pauvres âmes sont de plus en plus garrottées dans l'ignorance de leurs péchés. » A celles qui gémissent, on ne parle que d'un salut conditionnel. Comment se fait-il, s'il est vrai, comme l'avance M. Chavannes, qu'il prêche, ainsi que ses collègues, ce que prêche Juvet lui-même, que les premiers représentent le second et ses amis, comme des égarés et qu'ils les aient attaqués du haut de la chaire ou par écrit, avec acharnement? Ils ont excité contre eux le gouvernement, ils ont noirci leurs sentiments, ils leur ont supposé « de sourdes et d'odieuses menées avec l'étranger. » Tout dernièrement encore, n'avait-on pas sollicité le renvoi d'une pauvre régente pieuse? Juvet compare les doctrines de l'église du canton de

Vaud, dans le momont actuel, aux pharisiens du temps de Jésus, et il termine en s'écriant : Après tout, quia rompu l'union de V église ? !

La réponse de M. Ghavannes à la lettre que nous venons de résumer est fort brève (20 octobre), et n'est réellement pas une réponse. M. Chavannes annonce à Juvet que son refus de faire baptiser sa petite fille dans le temple a été communiqué au gouvernement, lequel demande que la lettre même exprimant ce refus lui soit transmise. M. Chavannes désire être autorisé à faire cette communication, à moins que Juvet ne juge à propos d'écrire au conseil d'état une autre lettre. Juvet (20 octobre) donne en trois lignes l'autorisation demandée ; le gouvernement réclamant cette lettre et non une autre, il se montre quelque peu surpris qu'on pût l'induire à un acte qui aurait été une tromperie.

Ainsi se termina cette lutte, très courte, comme on le voit, et d'une nature très spéciale, mais qui a son importance, à nos yeux, ^parce qu'elle marque le progrès de certaines idées, de certaines tendances qui, peu de jours après, se formuleront clairement, et parce qu'elle accuse assez nettement une situation très tendue et de l'irritation dans les esprits. Une rupture est imminente; elle existe déjà au fond ; il n'y a plus qu'à la proclamer.

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