CHAPITRE X
Une date importante. — Lettre de MM. Chavannes, Juvet et F. Olivier au conseil d'état. — Ils se séparent de l'église nationale. — Gravité de cette démarche; son opportunité. — Objections et accusations. — Le point de vue légal. — Impossibilité que cette démarche fût comprise. — Principes dogmatiques et ecclésiastiques renfermés dans la lettre des démissionnaires.
La position faite à MM. Chavannes, Juvet et F. Olivier par leur radiation du tableau des ministres de l'église nationale vaudoise devait les pousser dans une voie qu'ils n'avaient d'abord point songé à suivre, et les prévisions de Vallouy à cet égard allaient être pleinement justifiées. Les faits et les motifs que nous avons énumérés plus haut « firent sentir à ces trois ministres que, pour agir franchement et pour marquer leur respect au conseil d'état, ils devaient lui communiquer la résolution qu'ils avaient prise devant le Seigneur, de se séparer entièrement de l'église nationale1. » La date du 24 décembre 1823 doit être envisagée comme une date importante de l'histoire du mouvement religieux et ecclésiastique dans notre canton, parce que c'est en ce jour-là que MM. Chavannes, Juvet et F. Olivier, les fondateurs de la dissidence dans notre pays, notifièrent au gouvernement leur séparation d'avec l'église nationale vaudoise. Cette déclaration doit être insérée ici tout entière.
Lausanne, le 24 décembre 1823.
Très honorés M. le landamraann et MM. les membres du conseil d'état,
Nous venons très respectueusement à vous pour vous faire part * Recueil des pièces officielles.
d'une détermination que nous sommes obligés de prendre, savoir de nous séparer de l'église nationale actuelle de notre pays, et de nous constituer indépendants d'elle et des ordonnances qui la régissent, pour tout ce qui tient au spirituel. Nous vous supplions, très honorés messieurs, de vouloir bien écouter les raisons qui nous ont fait une loi de prendre ce parti.
La vérité est une, elle est immuable, parce que c'est Dieu, lequel ne peut changer, qui nous l'a révélée par sa parole. Cette vérité, la seule qui sauve, n'a pas été dans tous les temps connue et reçue par la foi parmi ceux qui portent le nom de chrétiens et qui passent pour reconnaître la Bible comme étant la Parole de Dieu. Au contraire, il y a eu en divers temps dans la chrétienté, comme l'atteste l'histoire de l'église, nous ne disons pas seulement des individus, mais des nations entières qui ont abandonné la foi, et qui, à la place des enseignements de la Parole de Dieu, ont mis les vaines conceptions de la sagesse humaine, et ont fait avec cela consister leur piété et leur dévotion seulement dans des formes et des pratiques incapables par elles-même de donner la vie. Le Seigneur notre Dieu s'est plu aussi à faire reparaître d'une manière sensible à diverses époques, après d'épaisses ténèbres, la lumière de la vérité. La réformation fut une de ces heureuses époques. Nos pères ayant été ramenés à la vraie connaissance de l'évangile, à la foi, crurent devoir, soit pour se faire connaître aux églises des autres pays réformés de l'Europe, soit pour chercher à prévenir parmi eux le retour des hérésies, dresser des confessions de leur croyance. La confession de foi helvétique fut mise au jour et approuvée par les églises de France, d'Angleterre, de Hollande, de Pologne, d'Ecosse, de Hongrie et d'Allemagne.
Cette confession de foi est au milieu de nous un monument précieux de la vraie et solide piété de nos ancêtres en général et de leurs conducteurs spirituels, de leur adoration franche et sincère de Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit, et de leur soumission à sa parole. Heureux serions-nous si nous pouvions dire qu'elle est l'expression de la foi et de la vie des pasteurs et du peuple de nos jours.
Mais, au contraire, peu à peu on s'est entièrement écarté de l'évangile. Notre confession, qui est l'expression simple et fidèle des vérités salutaires à tout croyant, a été conservée pour la forme et mise de côté pour le fond. Les liturgies, les catéchismes ont été changés, et sont devenus à plus d'un égard contraires à la Parole de Dieu. La discipline de l'église a été anéantie.
Aussi depuis que l'Eternel a voulu faire participer notre pays aux