‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 177 sur 243 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

bénédictions spirituelles qu'il avait répandues autrefois sur nos pères et qu'il dispense maintenant à presque toutes les nations du monde, depuis que Dieu nous a fait la grâce de connaître et de prêcher l'évangile de vérité, et d'être aussi réellement en harmonie avec la confession de foi qui est encore censée être celle de l'église de notre canton, nous avons passé aux yeux de la presque totalité des ecclésiastiques et du peuple pour annoncer une doctrine nouvelle et inconnue jusqu'alors. Nous avons été blâmés et repris de diverses manières, sans qu'on ait voulu entendre nos justes réclamations; nous avons été les objets, ainsi que nos frères, des menaces et des poursuites de nos concitoyens, et enfin repoussés et rejetés.

Cependant, très honorés messieurs, comme nous savons que nous prêchons la vérité telle qu'elle est dans la Bible, et que nous le faisons avec sincérité de la part de Dieu, devant Dieu et en Christ, dont nous sommes les ministres, quelle que soit la manière dont on nous envisage nous n'avons point cessé d'annoncer l'évangile à tous ceux qui ont voulu l'entendre, et nous ne pouvons cesser de le faire; car malheur à nous, si nous n'évangélisons pas.

Un assez grand nombre toujours croissant de personnes de toute classe et de tout âge, soit à Lausanne, soit en divers lieux de notre pays, ont reconnu que nous prêchions la parole du salut, l'ont embrassée avec joie par la foi et reçoivent comme nous, de la Parole même de Dieu, l'ordre de ne pas participer à l'infidélité d'autrui, de se séparer des assemblées qui ne sont dirigées, ni pour l'enseignement, ni pour la discipline, d'après l'Ecriture sainte, et de se constituer en congrégation indépendante, comme l'ont fait nos frères dans divers pays, et notamment il y a peu d'années dans un canton voisin (Genève).

Notre résolution n'est donc point, très honorés messieurs, un parti pris légèrement ou par quelque motif particulier. Elle nous est dictée impérieusement par notre conscience, et il n'y a aucun genre de sacrifice que nous ne soyons, les uns et les autres, prêts à faire pour la mettre à exécution.

Nous n'avons d'autre désir, pendant notre court passage ici-bas, que de servir l'Eternel notre Dieu comme il veut être servi, de nous soumettre en toutes choses à sa volonté souveraine, et nous espérons vous le prouver entre autres par notre empressement à obéir, selon le Seigneur, à tout ordre humain.

Nous espérons aussi, très honorés messieurs, que nous osons appeler avec une respectueuse liberté et une sincère affection nos chers magis-

trats, que vous voudrez bien accorder à nous, vos concitoyens, disciples de Christ et à nos frères, soit individuellement, soit réunis en église pour le service du Seigneur et pour notre mutuelle édification, la même tolérance et la même protection que vous accordez aux anglicans et aux catholiques-romains, et que vous accorderiez même à d'autres congrégations religieuses, et même à des juifs, s'il s'en établissait parmi nous. Nous espérons d'autant plus que, nous étant rattachés par notre foi à la confession helvétique et aux autres livres symboliques admis encore comme base de l'église nationale, quoique ce ne soit plus sur ce fondement qu'elle soit édifiée, nous occupons dans la nation une place qui ne devrait pas nous être contestée et que nous sommes légitimement autorisés à prendre, vu que la confession sus-mentionnée nous ordonne aussi après nous avoir donné les caractères de la vraie église de Jésus-Christ, de nous séparer de toute église qui ne les a pas. (Chap. XXII, § 10.) Et c'est là aussi ce qu'enjoignent aux fidèles les confessions de foi d'autres pays.

Veuillez agréer, très honorés M. le landammann et MM. les membres du conseil d'état, l'hommage de notre profond respect.

J.-D.-Alex. Cravannes, ministre de Christ, H. Juvet, ministre de Christ, F. Olivier, fils, ministre de Christ.

Pour apprécier sainement la lettre que Ton vient de lire, il faut se reporter au temps où elle a été écrite et se rappeler les circonstances au milieu desquelles elle a été composée. Les signataires venaient, dans le cours de la même année, d'être tous trois rayés du catalogue des ministres impositionnaires ; ils étaient ainsi privés de toute faculté légale d'exercer le ministère évangélique, et on leur interdisait même toute fonction ecclésiastique dans le canton. Exclus, par un jugement d'hommes, d'une vocation dont ils n'avaient bien compris l'excellence et la gravité, que depuis le jour où ils avaient pu croire, que cette

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