CHAPITRE X
gardant de près on soit obligé de reconnaître qu'en certaines occasions les démissionnaires de 1823 ont commis des imprudences et se sont fait des illusions. Mais, au fond, qu'est-ce que cela prouve? Leur démarche du 24 décembre, pour être retardée de quelques semaines ou de quelques mois, ne s'en serait pas moins faite. Il est singulièrement facile de découvrir, après coup, les éléments fâcheux qui ont pu entrer en ligne de compte dans une résolution d'un caractère grave et solennel 1 Mais, à côté et au-dessus de ces éléments, il en est d'autres, les vrais éléments, ceux qui dominent la question, et si l'on observe avec soin, on ne tardera pas à découvrir que ce sont là les prémisses fondamentales d'où est sorti, comme conclusion logique, le fait contre lequel on s'élève.
MM. Chavannes, Juvet et F. Olivier édifiaient les fidèles qui e groupaient autour d'eux dans de modestes assemblées; ils e songeaient nullement à dresser autel contre autel, à former ne dissidence, à constituer une église séparée. Leur dévelopement antérieur ne les avait en aucune façon prédisposés à se eter dans des aventures en fait d'église, et nous avons pu voir ue les idées sur la séparation d'un Henri Pyt, par exemple, ne eur souriaient point du tout ; à cette époque, ils avaient horreur 'e la séparation. Préoccupés du salut des âmes, ils travaillaient, dans le sein de l'église nationale, à relever la saine doctrine, si généralement méconnue ou passée sous silence; à instruire, à édifier et à consoler par une cure d'âmes vraiment évangélique. Telle était leur position lorsque, après avoir été déjà en butte aux menaces et aux violences, ils se virent exclus du ministère dans l'église vaudoise. Plus ils avançaient, plus aussi ils se convainquaient de l'impossibilité pour eux de rester dans
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une situation où ils ne rencontraient que des entraves; ils crurent donc que cette situation s'éclaircirait, se simplifierait lorsqu'ils auraient déclaré, ce qu'on semblait attendre d'eux et, au besoin, vouloir leur imposer, leur séparation d'avec l'église nationale. On tolérait bien les anglicans, les catholiques-romains; on aurait toléré des juifs : comment, pensaient-ils, ne les tolérerait-on pas, eux qui se réclamaient de la confession de foi helvétique?
Mais c'est précisément en cela qu'ils se trompaient, et c'est à ce point de vue que leur démarche pouvait paraître prématurée1. Les expériences que nous avons faites depuis ce temps-là nous ont apporté des lumières que ces frères ne possédaient pas encore 1
C'était une chose inouïe chez nous, avant 1824, que de voir des laïques fonctionner en qualité de ministres de l'évangile. Il semblait donc qu'après leur radiation, MM. Chavannes, Juvet et F. Olivier n'avaient rien d'autre à faire qu'à abandonner toute activité pastorale. Les autorités civiles et ecclésiastiques les avaient dépouillés d'un caractère que le préjugé généralement partagé ne leur permettait pas de revêtir de nouveau sans se mettre en opposition avec les lois. Aux yeux de la masse, et cela dans toutes les classes de la société, en agissant comme ils le faisaient, ils se rebellaient contre l'autorité supérieure légitime du canton. Aussi, sans vouloir en aucune façon atténuer la gravité et l'arbitraire des mesures prises contre les démissionnaires et surtout sans vouloir excuser en une manière quelconque les excès, les violences et les cruautés auxquels se livra une multitude égarée, peut-être n'est-il que juste de tenir compte
• Telle fut bien, dans le temps, la manière de voir des ecclésiastiques pieux que le clergé national comptait dans son sein. Ils trouvaient que leurs frères s'étaient trop hâtés, et ils pensaient que leur résolution n'aboutirait à rien. Ils supposaient que les démissionnaires attireraient à eux quelques vingtaines de personnes, et, en conséquence, ils n'étaient pas tentés de les imiter.