CHAPITRE L
contre cet ordre de choses des préjugés, et ils « doivent apprendre à connaître qu'il serait très dangereux de conserver cette aversion et encore plus de la communiquera d'autres. » Assurément, ce n'est point un souffle libéral qui, à ce moment-là. anime le gouvernement helvétique dans ses rapports avec les pasteurs. On sent que, malgré l'adhésion des membres du clergé à la république, le gouvernement craint leur influence sur le peuple; qu'il doute de leur sympathie et que s'il ne peut pas les convertir à ses principes, il voudrait tout au moins, les réduire au silence et prévenir une opposition possible de leur part. Il cherche donc à les intimider par la perspective des graves dangers qu'ils courraient en persévérant dans ce qu'il appelle leurs préjugés. Un langage pareil n'est pas un fait isolé dans la bouche ou dans les proclamations des autorités centrales s'adressant aux ecclésiastiques de l'Helvétie.
Les pasteurs étaient encore invités à lire la Feuille populaire et à l'expliquer le dimanche, à heure fixe et dans la salle d'école. Ceux d'entre eux qui ne voulaient pas répondre à cette invitation pouvaient renvoyer la Feuille au préfet ou au sous préfet, mais en indiquant les motifs de leur refus ! Ainsi les pasteurs devaient servir aux desseins politiques du pouvoir, et ils n'avaient pas même la liberté de garder le silence sur les motifs de leur abstention. Leurs Excellences de Berne n'eussent pas agi plus despotiquement1.
Chose singulière, cependant! la centralisation ecclésiastique, malgré les graves et nombreux inconvénients qu'elle pouvait présenter, offrait quelques avantages assez sensibles pour que nous en tenions compte. Si le lien qui place l'exercice de la religion dans la dépendance du pouvoir central est théorique-
1 On sent que depuis les chaleureuses adhésions du clergé, en février 1798, il s'est opéré une certaine réaction parmi les ecclésiastiques. Ils témoignent de l'éloignement pour les pratiques de la république helvétique. La question du traitement y était bien pour quelque chose sans doute.
MOUVEM. REL1G. I. 2