CHAPITRE XI
palité que la veille du jour où il écrit, un dimanche, son domicile a été assailli à trois heures de l'après-midi par des pierres lancées contre ses fenêtres. M. Olivier requiert de la municipalité qu'elle prenne les mesures propres à assurer le bon ordre et la tranquillité. Le lendemain, il écrivait dans le même sens au juge de paix du cercle d'Aubonne et il se plaignait à ce magistrat des voies de fait commises contre son domicile et des injures adressées aux personnes qui venaient lui rendre visite.
L'ordre d'expulsion donné par la municipalité n'eut aucune suite, et, quant à la demande adressée par M. Olivier relativement à la sûreté de son domicile, la municipalité, par délibéré du 10 janvier, faisait de nouveau défense à ce ministre de continuer ses réunions et elle le rendait responsable de tout ce qui pouvait arriver. Elle imputait, du reste, à M. Olivier la cause des voies de fait dont il se plaignait. De son côté, le juge de paix, voyant le mauvais vouloir de la municipalité d'Aubonne, et apprenant que de sinistres projets avaient été formés pour le 11 janvier, fit venir de Rolle deux gendarmes qui, accompagnés du chef du poste, s'unirent au gendarme stationné à Aubonne et parvinrent, par le moyen de simples patrouilles, à contenir un attroupement d'au moins cent cinquante personnes, attroupement qui remplissait la rue habitée par M. Olivier. Quelques jours après le conseil d'état ordonna une enquête au sujet des pierres lancées contre les fenêtres de M. Olivier; mais, comme il était naturel de s'y attendre, les auteurs de ces attentats demeurèrent inconnus.
Dans le temps même où ces choses se passaient à Aubonne, un jeune ministre pieux et qui devait être, lui aussi, une victime
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de l'intolérance dans le canton de Vaud, M. Charles Rochat, se rangeait du côté des signataires du manifeste du 24 décembre.
Charles Rochat, mieux doué, sous plusieurs rapports, que son frère aîné, avait été consacré en 1815 et placé à Begnins comme suffragant. 11 s'était mis avec un grand sérieux à l'exercice de ses fonctions. Plus tard, jusqu'en 1820, il avait exercé son ministère sous la direction du pasteur Gauteron, à Cuarnens; après quoi il fut, pendant deux ans environ, suffragant à Vevey. Mais déjà en 1821, nous l'avons vu, il avait attiré sur lui l'attention des autorités civiles et ecclésiastiques par un sermon qui n'avait pas eu le don de plaire au conseil d'état et qui fut dénoncé par lui à la classe.
« Ce fut à Vevey, croyons-nous, que le réveil religieux atteignit Charles Rochat et que son âme fut pleinement éclairée ; là qu'il commença de sentir avec sa vivacité naturelle et avec la piété que l'Esprit de Dieu lui avait donnée, la gravité des abus qui s'étaient introduits dans l'église dont il était un des ministres. En 1823, il se retira de sa suffragance, mais sans éclat, et comme il était libre de son temps, ce fut lui essentiellement qui remplaça son frère pendant une terrible maladie de ce dernier1. » Les événements d'Aubonne et de l'Isle, les destitutions de Chavannes et de Juvet, la démission d'Olivier, durent être tout naturellement, pour les deux frères ainsi rapprochés, des sujets de graves entretiens et de sérieuses méditations. Il y avait là, certainement, bien des motifs qui les sollicitaient eux-mêmes à se retirer d'une église qui paraissait avoir si totalement rompu avec les grands principes évangéliques et qui persécutait ceux de ses membres qui arrivaient peu à peu à une vie religieuse plus intense.
Ce fut Charles Rochat qui, le premier, fit ce pas décisif. De Vevey, son domicile, il envoya, le 11 janvier 1824-, au conseil
1 L. Burnier, Notice sur Rochat, pag. 101.