‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 186 sur 243 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

d'état, « un acte de démission tout semblable, pour le fond, à celui d'Olivier, mais avec quelque chose de plus incisif, et conséquemment de plus propre à irriter1. » Le lecteur pourra en juger par lui-même :

Vevey, le 11 janvier 1824.

Très honorés monsieur le landammann et messieurs les membres du conseil d'état !

Je crois qu'il est de mon devoir de faire part à mon gouvernement d'une résolution à laquelle je me sens forcé par ma conscience, après avoir sérieusement et longtemps consulté celui qui a promis la sagesse à ceux qui l'implorent avec foi.

Ce que le Seigneur opère de nos jours sur toute l'étendue de la terre par son Evangile, la part de cette bénédiction universelle qu'il a daigné communiquer à notre cher pays, sont bien propres à porter toute personne sérieuse à ne pas céder sans examen à l'empire de la coutume qui aveugle si souvent les âmes, mais à juger d'après la seule Parole de Dieu les institutions religieuses qui l'entourent. Ces institutions tendent toujours entre les mains des hommes, comme l'atteste l'histoire de tous les âges, à s'éloigner de leur première pureté; elles se corrompent bientôt si Dieu lui-même ne l'empêche, et sollicitent enfin une réforme bâtie sur le fondement seul immuable de la Parole du Seigneur.

Je me sens contraint, très honorés messieurs, en face de l'Evangile de Christ, de me retirer de l'église nationale du canton de Vaud, telle qu'elle est maintenant constituée. Les principales causes de cette résolution, qui coûte à mon cœur, sont les suivantes, que vous me permettrez de vous exposer respectueusement, très honorés messieurs.

Le catéchisme admis aujourd'hui dans notre pays, comme profession religieuse de notre jeunesse et comme guide des instructions familières que les pasteurs doivent donner à leurs troupeaux, ce catéchisme, qui me paraît avoir été glissé plutôt qu'officiellement introduit dans nos paroisses, est en plusieurs choses en contradiction formelle avec l'évangile et avec la confession de foi helvétique. Il est loin d'être conforme à notre ancien catéchisme, celui de Heidelberg ou de Berne, qui, à côté de quelques légères imperfections, offre une exposition simple, onctueuse et franche de la Parole du salut, et qui est seul autorisé par nos ordonnances ecclésiastiques.

1 L. Burnier, Notice sur Rochat, pag. 102.

Nos usages, plutôt que nos ordonnances, obligent les pasteurs à admettre à la participation de la sainte cène tous les jeunes gens qu'ils ont instruits comme catéchumènes, quoique avec un retard d'un ou deux ans au plus pour quelques individus notés par leur ignorance ou leur rébellion. Mais je sens que je ne puis, en conscience, admettre à participer, pour la première fois, au repas sacré du Sauveur, ceux en qui je ne verrais pas la vraie foi, celle d'un cœur qui se convertit sincèrement au Seigneur Jésus, celle qui seule engageait les apôtres à recevoir une âme dans l'église de Christ, celle qu'exprimait St. Paul en disant: Examinezvous vous-mêmes pour savoir si vous êtes dans la foi ; éprouvez-vous vousmêmes; ne reconnaissez-vous pas vous-mêmes que Jésus-Christ est en vous? (2 Cor. XIII, 5.) Tous ceux en qui ne se trouve évidemment pas une telle foi, ma conscience se refuse à les recevoir, quel que soit leur âge, fussentils parvenus à l'âge mûr et beaucoup plus loin encore. Ce n'est, au reste, point là une chose nouvelle dans la chrétienté. Il existe, à ma connaissance, en Europe deux nations protestantes où nul n'est obligé d'être admis, ni aucun ministre obligé d'admettre à la communion. Les conducteurs spirituels peuvent refuser cette admission à un individu toute sa vie. Aussi existe-t-il dans ces pays nombre de personnes qui n'ont jamais communié, parce que jamais elles n'ont senti en elles les dispositions nécessaires. Et veuillez observer, très honorés messieurs, qu'il ne s'agit point ici de sectes, mais d'églises nationales. Elles ont senti sans doute qu'une constitution différente n'était pas chrétienne.

Quelque chose de profondément douloureux, très honorés messieurs» c'est le serment que chaque pasteur doit faire prêter dans notre pays aux catéchumènes dans la cérémonie appelée leur réception. — Ils promettent, sous la responsabilité éternelle de leur âme. de renoncer aux passions du monde, de vivre selon la justice, selon la tempérance, selon la piété, de se consacrer à Dieu et à Jésus-Christ, de faire tous leurs efforts pour garder ses commandements tout le temps de leur vie. J'en appelle à tous les habitants du pays sans en excepter un seul. Qui de nous a fait tous ses efforts pour garder chacun des commandements de Dieu? Qui de nous n'a pas manqué en mille manières à ce serment? Par conséquent, qui de nous n'a pas fait ce jour-là un faux serment? Le ministre est donc obligé de faire prononcer, en cette circonstance, une promesse qui sera inmanquablement un faux serment.

Il y a plus. Le ministre fidèle doit dans ses instructions enseigner aux jeunes gens, d'après l'Evangile, qu'ils sont dans l'absolue incapacité d'observer les commandements de Dieu, que seul il peut les accomplir en eux

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