CHAPITRE XI
par sa grâce. Et quoique ce soit une contradiction de faire promettre à quelqu'un une chose qui ne peut venir de lui, mais dépend absolumen d'un autre, le formulaire force le ministre à cette contradiction avec l'Evangile, en l'obligeant de faire promettre aux jeunes gens, et même avec exécration contre leurs âmes, cette obéissance dont ils sont incapables et que Dieu seul peut leur donner. Nous ne sommes pas capables de penser quelque chose de nous-mêmes, mais notre capacité vient de Dieu. Hors de moi vous ne pouvez rien produire. C'est Dieu qui produit en nous avec efficace la volonté et V exécution, selon son bon plaisir, disent nos saintes Ecritures. (2 Cor. III, 5; Jean XV, 5; Philip. II, 13; Rom. VII, 10; 1 Cor. XII, 6; Eph. I, 28; Philip. I, 6; Hébr. XIII, 21 ; 1 Thes. V, 23, 24.) — Ce n'est pas tout, très honorés messieurs. Tandis que l'Evangile présente l'obéissance aux commandements de Dieu comme le fruit du salut qu'on a reçu dans son cœur par la foi, laquelle foi Dieu, selon sa promesse, accompagne de son Esprit sanctifiant, le formulaire de la réception présente le salut comme le fruit de l'obéissance, c'est-à-dire absolument le contraire de l'Evangile. — Tandis que le ministre fidèle doit, d'après l'Evangile, enseigner à ses catéchumènes qu'ils ne peuvent être sauvés que par grâce, par la foi, que cela ne vient point d'eux, que c'est un don de Dieu, que ce n'est point par leurs œuvres (Eph. II, 8, 9; Tite III, 4, 5, 6; 2 Thes. I, 9) que la miséricorde de Dieu par Jésus-Christ est le seul fondement et l'unique cause de leur salut; il est obligé, au jour de la réception, de leur faire proclamer, pour fondement de leur salut, leur propre fidélité aux lois de Dieu. Oui, répondent-ils, il y va de notre salut éternel ou de notre perdition ; et Dieu nous jugera d'après la manière dont nous aurons observé cette promesse. Ainsi le ministre est obligé, ce jour-là, de faire prêter un faux serment à de pauvres jeunes gens qui ne savent ce qu'ils font; il doit venir à la face de l'église contredire ses propres enseignements s'il a instruit avec fidélité, et ce qui est bien plus grave^ contredire l'Evangile de Dieu. Enfin veuillez remarquer, très honorés messieurs, que cet horrible serment de la réception nous renferme tous sous la damnation sans miséricorde, puisque nous y appelons Dieu à nous juger d'après la manière dont nous aurons observé ce serment, et que nous le violons tous jusqu'à notre dernier soupir... Quelle doctrine, grand Dieu! à la place de la bonne nouvelle du salut de l'Eternel, donné à tout homme qui, sérieusement travaillé de sa misère, croit de cœur et d'âme en Celui qui justifie le méchant (Rom. IV, 5), c'est-à-dire de ce que nous sommes tous d'après l'Ecriture. (Rom. III, 19, 22.) — Il n'est pas superflu de dire que l'addition de ce formulaire à notre liturgie est fort nouvelle, aupa-
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ravant nous n'en avions point. J'en possède un qui date de la Réformation, il est aussi différent du nôtre que la lumière l'est des ténèbres.
Une autre raison qui me force de sortir de l'église nationale, c'est la profanation de la cène du Seigneur, causée par l'absence de toute discipline évangélique, et à laquelle ma conscience me défend de participer. Il faut le dire, hélas ! c'est une lamentable profanation delà cène du Sauveur que d'y accueillir, comme ayant communion avec lui, ceux qui le rejettent par leur incrédulité, ceux qui le renient par le dérèglement de leurs mœurs ou une vie entièrement vendue au monde; ceux qui, bien loin d'aimer le Seigneur Jésus, comme le refuge unique et sûr et la seule paix de leur âme, se contient en leur propre mérite, anéantissant par là la croix de Christ et réduisant à rien l'œuvre de sa miséricorde. La Parole de Dieu est formelle sur ce point : Si quelqu'un qui se nomme frère est fornicateur, ou avare, ou idolâtre, ou médisant, ou ivrogne, ou ravisseur, ne mangez pas même avec un tel homme. Otez le méchant du milieu de vous* (1 Cor. V, 11, 13.) Si quelqu'un n'aime pas le Seigneur Jésus, qu'il soit anaihème. (1 Cor. XVI, 22.) Aussi suffit-il de jeter un coup d'œil sur l'histoire de la rêformation de la Suisse seulement, pour voir qu'à l'époque de la manifestation de cette grande lumière on demandait de toute part une discipline ecclésiastique, comme indispensable à une église chrétienne. Plusieurs églises nationales de l'Europe possèdent encore des codes d'une telle discipline, quoiqu'elle soit tombée en langueur par la corruption des temps et la prévarication des conducteurs.
Je parlerai maintenant des liturgies de notre église. Ces liturgies sont en bien des endroits, il faut l'avouer, conformes à l'Evangile, tel est, en particulier, le dernier article de la prière après le sermon du dimanche matin, qui établit clairement ces trois points de la doctrine du salut : L'homme doit être pénétré de sa profonde misère; il est sauvé uniquement par une foi entière en la miséricorde de Dieu par le sang de son Fils ; quand l'homme a reçu une telle foi, Christ habite en lui par son Esprit pour y détruire le péché et y produire une vie toute nouvelle. C'est donc par l'œuvre puissante de Dieu dans son cœur que le vrai croyant est sanctifié. Mais malheureusement un grand nombre de passages de ces liturgies sont contraires à la pure doctrine du salut, telle qu'elle est annoncée dans l'Evangile, comme il n'est que trop facile de le prouver. Et comment pourrais-je, en priant Dieu dans l'église, lui adresser des paroles que je sens contredire son Evangile? J'ai le bonheur de posséder les anciennes liturgies dont plusieurs de nos prières ont été tirées. Il est triste, mais singulièrement instructif, de voir comme on a affaibli, trou-