‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 190 sur 243 · CHAPITRE XH · texte numérisé non relu

CHAPITRE XH

mis aux lieutenants du conseil d'état, aux juges de paix et aux municipalités chargés de veiller et de tenir la main à son exécution. Donné, sous le sceau du conseil d'état, à Lausanne, le 15 janvier 1824.

Le landammann en charge, F. Clavel.

Le chancelier, Boisot.

circulaire.

Le conseil d'état du canton de Vaud, aux lieutenants du conseil d'état, aux juges de paix et aux municipalités du canton.

Messieurs,

En vous faisant parvenir l'arrêté, en date du 15 du courant, par lequel les assemblées de la nouvelle secte religieuse, dite des mômiers, qui s'est introduite dans divers lieux du canton, sont défendues, le conseil d'état juge convenable d'en accompagner l'envoi de quelques observations, afin que les autorités, connaissant le point de vue sous lequel il a dû envisager ces sectaires et l'obligation où il a été d'intervenir, elles sentent d'autant mieux la nécessité d'assurer, avec fermeté et prudence, l'exécution des mesures prescrites.

En s'occupant de cette affaire, le conseil d'état n'a point en vue de se mêler, en aucune manière, des opinions individuelles, en matière de religion, ni de gêner la liberté de la pensée. Mais il a eu pour but le maintien de l'ordre, de la tranquillité publique et de la paix religieuse. Or, soit que l'on envisage les principes avoués, écrits ou proclamés en diverses circonstances par ces sectaires, ou par ceux qui se présentent comme leurs chefs ou directeurs, soit que l'on considère leurs actions, soit enfin que l'on jette un coup d'oeil sur les nombreux désordres plus ou moins graves dont leurs assemblées ont été la cause, on ne peut se dissimuler que cette nouvelle secte ne trouble l'ordre sous les rapports civils et religieux.

Il suffira de citer ici quelques faits pour faire apprécier l'esprit d'exaltation et d'insubordination qui anime les sectaires dont il s'agit.

Le 9 avril 1823, un ministre impositionnaire, qui avait été suffragant à Aubonne, ayant violé les défenses expresses qui lui avaient été faites d'avoir chez lui des assemblées prétendues religieuses, le conseil d'état qui l'avait d'abord suspendu de ses fonctions pour deux ans, a dû, pour récidives, le faire rayer du catalogue des ministres impositionnaires. avec

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l'ordre de s'abstenir désormais de toute fonction ecclésiastique. Nonobstant cet ordre, ce ministre a encore tenu de semblables assemblées à Saint-Loup, Lausanne et ailleurs.

Un autre impositionnaire qui était suffragant à L'Isle, entre autres actes qui ont provoqué à son égard la même peine, s'était rendu deux fois à l'école de L'Isle et s'y était comporté de manière à faire perdre au régent tout respect de la part des écoliers, en lui disant qu'il instruisait les enfants sur une fausse religion, sur la voie de Satan, qu'il était en scandale à son école, etc.

Cet impositionnaire avait de plus voulu se soustraire à l'autorité de l'académie; il avait qualifié $ œuvre de Satan le catéchisme admis dans les écoles. Dès lors il a continué à tenir des assemblées à La Sarraz et à L'Isle; dans cette dernière commune il a loué un local où l'on célèbre une espèce de culte public et régulier, et où l'on a vu un tailleur d'habits se permettre, le jour de la dernière fête de Noël, d'administrer le sacrement de la sainte cène. Il a déclaré qu'il n'a pas quitté le service de la vraie église de L'Isle, qu'il n'a pas cessé de remplir les fonctions de pasteur de Vlsle, depuis qu'il n'y a plus son domicile. Sur des observations qui lui ont été adressées par monsieur le pasteur de L'Isle, il lui a répondu, que lui pasteur annonçait une doctrine du démon. Enfin, ce ministre a écrit que bien loin d'être sauvés par les œuvres, les hommes sont placés par elles sous la malédiction.

Un troisième impositionnaire a donné sa démission de suffragant à Penthaz, démarche qu'il a motivée sur les abus qu'il prétend exister dans les institutions religieuses de l'église nationale. Le conseil d'état lui a aussi interdit toute fonction ecclésiastique dans le canton. Néanmoins ce ministre n'a tenu aucun compte de cette défense ; il est allé à Aubonne' où il a formé des réunions religieuses, qui ont lieu aux mêmes heures que le service divin. Il s'est rendu dans le domicile et auprès de personnes alitées et dangereusement malades, où il n'était ni désiré ni demandé' visite dont l'effet ne pouvait être que de troubler le repos et d'aggraver l'état de souffrance de ces malades. Sur l'observation que des enfants des écoles sont empêchés d'assister au service divin du dimanche, pour être conduits à ses assemblées, il a répondu que c'était chez lui et avec l'église que ces enfants assistent au service divin. Enfin, la municipalité d' Aubonne lui ayant fait le reproche de semer la division dans les familles, il a répondu en établissant le principe de la nécessité de cette division et le droit d'agir en conséquence.

Divers symptômes annoncent que cet esprit d'insubordination tend à

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