‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 191 sur 243 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

se propager. Dans certains lieux, des pères out retiré leurs enfants des écoles publiques, pour les soustraire au mode d'instruction prescrit par , la loi. Dans d'autres communes, on a vu des enfants se dérober, par les instigations des sectaires, à l'autorité de leurs parents et des personnes chargées de leur instruction.

Enfin, sous la date du 24 décembre dernier, les trois ministres dont on a parlé plus haut ont présenté au conseil d'état une pétition dans laquelle ils annoncent leur résolution de se séparer de l'église nationale et de se constituer indépendants d'elle et des ordonnances qui la régissent. Ils disent que, « quelle que soit la manière dont on les envisage, ils n'ont pas cessé et ne cesseront pas d'annoncer l'Evangile; qu'il n'y a aucun genre de sacrifices qu'ils ne seront prêts à faire pour mettre à exécution cette résolution, etc. »

Il résulte des faits que Ton vient de rapporter et de nombre d'autres que l'on passe sous silence :

Que les principes qui dirigent la conduite des sectaires sont absolument subversifs de l'ordre social, tant sous le rapport de l'union dans les familles que sous celui des institutions civiles et religieuses;

Qu'ainsi ils tendent à relâcher le lien le plus respectable de la société, le respect des enfants pour leurs parents et pour les personnes chargées par la loi de les instruire;

Qu'en prêchant la doctrine que, nou-seuîement les bonnes œuvres ne signifient rien, mais encore qu'elles placent les hommes sous la malédiction, ils détruisent la moralité des actions et. proclament un principe également dangereux et funeste pour la société;

Qu'ils ne font aucun cas des exhortations et injonctions qui leur ont été adressées de la part du gouvernement, et méconnaissent le respect et l'obéissance que les citoyens doivent à la loi et à l'autorité;

Que, par les accusations continuelles contre les pasteurs et les paroissiens qui se conforment aux règles de l'église, ils se sont placés dans un état d'agression vis-à-vis de l'église nationale ;

Que ces sectaires ont établi, dans quelques lieux, un véritable culte public et régulier qu'ils prétendent constituer d'une manière permanente et indépendante de l'église nationale;

Qu'enfin, leurs chefs, tout en détournant ceux dont ils ont égaré.l'imagination, de se rendre aux assemblées de l'église nationale, cherchent par tous les moyens en leur pouvoir de faire des prosélytes, en contravention à la loi du 2 juin 1810.

Leurs assemblées prétendues religieuses, où les chefs développent leurs

principes dangereux, où ils décrient la religion de l'état, où ils se placent au-dessus des institutions civiles et religieuses du canton, où ils se permettent des actes et des discours qui tendent à troubler l'union des familles, ces assemblées illicites ont provoqué les désordres de divers genres qui se sont succédé, sur différents points du canton, depuis deux ou trois ans. Ainsi, des scènes scandaleuses ont attiré l'attention de l'autorité à Rolle, à Aubonne, à Vufflens-la-Ville, à La Sarraz, Pompaples et Saint Loup, à L'Isle, etc. Le conseil d'état a dû ordonner des enquêtes pour rechercher les auteurs de ces désordres répréhensibles. Mais , en même temps, il s'est convaincu que leur cause était aussi un véritable et un grand désordre, et que ce ne sera qu'en la détruisant qu'on parviendra à empêcher des maux peut-être plus graves encore.

Tels sont, messieurs, les faits et Jes considérations qui ont mis le conseil d'état dans le cas de prendre des mesures pour rétablir le calme et la paix dans la société, qui est troublée par l'exaltation de quelques fanatiques, et peut-être aussi par les calculs intéressés de certaines personnes. Vous jugerez par là qu'il ne s'agit nullement d'inquiéter les consciences, les opinions religieuses de telle ou telle personne, non plus que d'entrer dans des discussions théologiques. Mais vous devez, en pourvoyant à la stricte exécution de l'arrêté qui vous est adressé, user de tous les moyens en votre pouvoir et de toute votre influence pour le maintien de l'ordre public et de la paix religieuse.

Recevez, messieurs, nos salutations.

Le landammann en charge, F. Clavel, Le chancelier, Boisot.

circulaire.

Lausanne, 17 janvier 1824.

Le conseil d'èlat du canton de Vaud, à messieurs les pasteurs du canton. Messieurs,

Le conseil d'état a été dans le cas de prendre des mesures contre la secte vulgairement appelée des mômiers, et il croit devoir vous les communiquer en vous transmettant sous ce pli un exemplaire: 1° de l'arrêté qu'il a rendu, le 15 du courant, pour défendre toute assemblée ou réunion de sectaires; 2° de la lettre circulaire qu'il a jugé convenable d'adresser aux fonctionnaires et autorités du canton, en leur faisant parvenir cet arrêté.

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