‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 193 sur 243 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

que le gouvernement pût, de bonne foi, s'imaginer que les moyens adoptés par lui, calmeraient les esprits, lorsque déjà des actes de sauvagerie auraient dû lui faire entrevoir d'avance à quels excès le peuple ne manquerait pas de se livrer. Mais tel était alors l'état de l'opinion que, même parmi les hommes les plus éclairés, on se faisait les plus étranges illusions. C'est ainsi que le Nouvelliste Vaudois, fondé depuis un mois et représentant l'opinion libérale qui amena la révolution de 1830, et plus tard l'abolition de la loi du 20 mai, se promettait les plus heureux effets d'une mesure cependant aussi peu libérale que peu habile. « Nous espérons, disait-il, avec tous les bons citoyens et les amis de la paix religieuse, le retour de ces temps heureux où les divergences particulières des opinions ne troublaient ni le repos, ni l'unité de notre église, où nous trouvions tous dans la religion assez d'espérances et de croyances communes pour nous attacher de cœur et d'âme au même Maître, à la même loi, et pour bénir Dieu en aimant tous nos frères, sans usurper les fonctions de ce juge qui, seul, lit au fond de nos pensées t En même temps qu'il exprimait de si douces espérances, le Nouvelliste insérait, une nouvelle qui était certainement fausse ou du moins très exagérée, comme le lendemain même allait le prouver. « L'arrêté du conseil d'état contre les assemblées religieuses illégales, ainsi s'exprimait le journal que nous citons, commence à produire son effet. L'un des chefs des sectaires a déclaré positivement que, cédant à la force, ils discontinueraient leurs assemblées et attendraient des temps plus heureux 2.»

1 Nouvelliste vaudois, 30 janvier, N° 9.

2 Nouvelliste vaudois, idem. Cet entre-filet avait été probablement inspiré au rédacteur du Nouvelliste, par les débats qui eurent lieu, précisément à cette époque, entre le ministre Fivaz, à Orbe, et la municipalité de cette ville ; débats dont nous aurons à nous occuper bientôt.

Cependant, le gouvernement ne devait pas tarder à s'apercevoir que son arrêté ne produisait en réalité rien de bon. Aussi, dans le compte-rendu qu'il présentait, dans le courant de mai, au grand conseil réuni en session ordinaire, le conseil d état, tout en maintenant, cela va sans dire, une théorie qu'il ne pouvait abandonner sans se déjuger, tout en se plaisant à dire que l'arrêté du 15 janvier « avait produit son effet sur plusieurs points du canton, » ajoutait ces aveux significatifs : « Cependant, il en est d'autres où des scènes fâcheuses se sont renouvelées et ont nécessité les informations exactes qui ont été prises par le conseil d'état *. » L'autorité exécutive aurait pu ajouter qu'à Lausanne même et sous ses propres yeux, des scènes fâcheuses avaient eu lieu. Voici, en effet, ce que raconte le Nouvelliste vaudois dans son numéro du 40 février.

« Le 5 de ce mois, vers la nuit, l'ordre public a été quelques instants troublé dans notre ville par un attroupement nombreux d'enfants et de gens du peuple, qui ont donné un charivari à une famille réputée appartenir à la secte des mômiers. Ce nom est devenu, dans la bouche des gens grossiers, une injure et un signal d'hostilité. Nous pensons, ajoute très sagement le Nouvelliste un peu revenu de son premier enthousiasme, que dans les circonstances pénibles où des divisions religieuses nous ont placés, les autorités locales redoubleront partout de vigilance pour prévenir ou faire cesser promptement de tels scandales. Elles s'empresseront sans doute défaire comprendre à toutes les classes des citoyens que le gouvernement, en proscrivant les occasions de ces sortes de désordres, n'est pas disposé à tolérer

1 Gazette de Lausanne, 1824, N° 45.

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