‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 196 sur 243 · chapitre xm · texte numérisé non relu

chapitre xm

pour de vrais chrétiens ceux qu'on traite à présent de sectaires et de gens exaltés et dangereux. Mais « les voies de Dieu ne sont pas nos voies, et ses pensées ne sont pas nos pensées. » Votre arrêté du 15 janvier et vos lettres du 16 et du 17, qui me sont parvenus hier, m'ont convaincu que, pour le moment, il n'y a point de remède pour l'église nationale, et que tout fidèle ministre de Christ doit à présent, suivant l'exhortation de St. Paul, « sortir vers Christ hors du camp en portant son opprobre. » (Hébr. XIII, 13.)

En conséquence, je viens, très honorés messieurs, persuadé que c'est mon devoir devant Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit, vous remettre l'église de Bière, de laquelle vous avez bien voulu me nommer pasteur, et vous déclarer que je renonce à toute prétention sur les cures du canton de Vaud, et me sépare entièrement du clergé qui le dirige.

Veuillez, très honorés messieurs, nommer quelqu'un qui d'office vienne reconnaître les registres et les livres de cure et m'en donner une décharge. Quant aux fonctions, je les quitterai samedi soir, ayant l'honneur de vous dire que j'attends de Lausanne un proposant (étudiant en théologie) qui, avant ma décision, s'est engagé de prêcher pour moi, et à qui monsieur le juge de paix, s'il le juge à propos, remettra l'arrêté que j'ai reçu hier.

Croyez, très honorés messieurs, qu'en prenant ce parti, je ne prétends nullement justifier tous les actes particuliers de ceux auxquels on a donné le nom injurieux de mômiers, c'est-à-dire de fous, quoique je les regarde en général comme de vrais chrétiens, et que de cœur je me joigne à la généralité d'entre eux comme à des frères en Jésus-Christ. Je pense que quelques-uns peuvent avoir commis parfois des actes d'un zèle indiscret et même repréhensibles sous le rapport religieux, tels que celui de la communion administrée par un simple particulier '. Mais il ne faut pas juger de tous par un seul, ni de chacun par tel ou tel acte particulier. Ce serait ignorer aussi que les plus vrais chrétiens ont encore bien des misères que Dieu leur laisse pour les humilier et les exercer au combat de la foi.

Laissant donc comme répréhensible ce qui est répréhensible, je déclare après cela que je regarde comme la saine doctrine de l'Evangile celle

1 Le conseil d'état a avancé cela par suite d'une information inexacte dans sa circulaire du 16 janvier 1824. Ce ne fut point le particulier en question qui administra la Cène ; mais le pain ayant été rompu et béni par la prière, chacun se servit soi-même à son tour. {Recueil des pièces officielles, note à la marge.)

MOUVEM. RELIG. 1.

que prêchent mes chers frères Juvet, Chavannes et Olivier, et mon cher et bien-aimé frère en la chair et selon Christ, Charles Rochat; je me joins de cœur à eux et à tous ceux qui, en tout pays et quelque dénomination qu'ils portent, prêchent purement le glorieux Evangile de Christ, le Sauveur de tous ceux qui l'invoquent. Je déclare et m'offre à prouver que les conséquences impies que l'on attribue à leur doctrine ne viennent que de ce qu'on ne les comprend pas.

Permettez-moi, très honorés messieurs, de vous le montrer par un exemple tiré de votre lettre circulaire du 16 janvier, dans laquelle vous reprochez à M. Juvet d'avoir dit que bien loin de pouvoir être sauvés par les œuvres, les hommes sont placés par elles sous la malédiction J. D'abord, je ne pense pas qu'une personne qui prétendrait que nos œuvres peuvent nous sauver, osât prendre sérieusement le nom de chrétien, puisque par là elle renverserait directement l'Ecriture qui dit: « Vous êtes sauvés par grâce, par la foi; et cela ne vient point de vous, c'est un don de Dieu; ce n'est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie. » (Eph. IIr 8, 9.) Il ne reste donc à justifier que cette seconde partie de l'assertion, c'est que « nos œuvres nous placent sous la malédiction. » Or, pour faire voir qu'elle ne renferme rien que de vrai et de conforme à l'Ecriture, il ne faut que donner cette explication toute simple ; c'est qu'il s'agit ici des œuvres faites par l'homme avant qu'il soit converti et uni au Sauveur par une foi vive et du cœur. Ses œuvres ne procédant point de l'amour de Dieu, partant d'un cœur encore rebelle à son Créateur, sont toutes empoisonnées par le principe d'où elles partent, et bien loin de rien mériter devant Dieu, elles le placent réellement sous la malédiction. C'est ce qu'établit partout l'Ecriture: « Hors de moi vous ne pouvez rien faire, » dit le Sauveur. (Jean XV, 5.) « Il n'y a point de distinction, vu que tous ont péché et sont entièrement privés de la gloire de Dieu, et qu'ils sont justifiés gratuitement par la grâce, par la rédemption qui est en Jésus-Christ. » (Rom. III, 22, 23.) « Tous ceux qui s'attachent aux œuvres de la loi sont sous la malédiction, vu qu'il est écrit : « Maudit est quiconque ne persévère pas dans toutes les choses qui sont écrites au livre

1 Ces paroles de M. Juvet se trouvent dans la correspondance particulière qu'il eut au sujet du baptême de son enfant, avec le pasteur Chavannes-Porta. Mais M. Juvet n'a jamais dit, comme l'en accuse le conseil d'état, que les bonnes œuvres nous placent sous la malédiction, mais seulement les œuvres de l'homme irrégénéré, parce qu'au lieu d'être bonnes, elles sont mauvaises devant Dieu, étant faites hors de la foi. (Recueil des pièces officielles, note à la marge.)

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