‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 197 sur 243 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

de la loi pour les faire. *> (G-al. III, 10.) C'est ce qu'établit notre liturgie dans la confession des péchés, où elle reconnaît que « nous sommes enclins au mal, incapables par nous-mêmes d'aucun bien, et que nous transgressons tous les jours et en diverses manières les commandements de Dieu, attirant par son juste jugement la ruine et la perdition sur nous. » C'est ce qu'établit notre confession de foi, édition de 1760, pag. 89: «Nous ne partageons donc point le bienfait de la justification en l'attribuant en partie à la grâce de Dieu ou à Jésus-Christ, et en partie à nous, à notre charité, à nos œuvres, en un mot à notre propre mérite. Nous l'attribuons tout entier à la grâce de Dieu en Jésus-Christ, par la foi. D'ailleurs notre charité, ni nos œuvres ne pourraient point plaire à Dieu si elles étaient faites par des hommes encore injustes ; il faut donc que nous soyons déjà justifiés avant que de pouvoir aimer Dieu ou de faire des œuvres justes. » Quant aux bonnes œuvres faites par celui qui a la foi, elles sont agréables à Dieu, malgré leurs grandes imperfections, parce qu'elles sont faites par ceux qu'il aime à cause de son Fils, et qu'elles partent d'un cœur purifié par le Saint-Esprit et où règne un sincère amour de Dieu. Et bien loin que la doctrine qui nous dit que les œuvres que nous faisons avant que d'avoir la foi nous placent tous sous la malédiction, bien loin que cette doctrine nous porte à ne pas faire les bonnes œuvres, c'est la doctrine la plus sanctifiante, et même la seule sanctifiante. Elle nous montre la profondeur de notre corruption, elle nous fait sentir combien nous sommes misérables si nous restons dans cet état, et elle nous pousse avec force à aller à Christ, pour chercher en Dieu, par son moyen, le pardon de nos péchés et le changement de nos cœurs. Voilà comment une explication toute simple fait d'une doctrine, envisagée comme abominable, la doctrine seule conforme à i'Evangile, seule propre à faire que l'homme abonde en vraies bonnes œuvres.

Avant que de finir, permettez-moi, très honorés messieurs, de toucher un mot d'une calomnie que l'on répand de nos jours contre la prétendue secte que l'on repousse et que l'on persécute. On dit, dans le public, que nous sommes soldés par l'Angleterre, et que c'est ce qui nous fait agir. Daignez, très honorés messieurs, jeter un instant les regards sur la position où je me trouve, et juger s'il y a somme au monde qui pût m'engager à faire la démarche que je fais aujourd'hui. Je suis placé dans une cure commode, sous la protection des lois, ayant une pension qui, jointe à mes petits revenus, me fait vivre fort à mon^aise. Je jouis des douceurs d'une vie paisible avec ce que j'ai de plus cher au monde, ma

340 livre m.

chère femme et mes deux chères petites filles. Je suis entouré, j'ose le dire, de l'estime générale de mes concitoyens; je n'ai rien à désirer humainement parlant. Maintenant, par la résolution que je prends, je m'expose, avec ma petite famille, à l'opprobre du monde et à des in. suites, et peut-être à des suites plus graves encore. Je suis obligé de faire une démarche très pénible pour ma femme, qui est dans un commencement de grossesse; je me prépare à quitter ma cure pour aller je ne sais où, dans une saison encore mauvaise dans ces montagnes, et étant à peine convalescent d'une maladie grave dont je porte encore les traces sur mon corps. Est-il, je le demande, un homme assez scélérat ou insensé pour qu'une somme quelconque l'engageât à changer la première position contre la seconde? Non, non, je ne suis soudoyé de personne, je puis marcher à cet égard tête levée, et offrir dans mes livres de recettes et de dépenses la preuve que pas un seul sou venant d'aucun individu ou société n'est entré dans mes coffres pour m'engager à la démarche que je fais. Je perds ma pension ; mais, grâce à Dieu, je sais vivre de peu, et pourvu que je puisse fournir aux besoins de ma femme et de mes enfants, je suis heureux, et aucune privation ne me coûtera.

Qu'il s'agisse ici de menées politiques, c'est ce que je nie devant Dieu qui sonde mon cœur et qui me jugera. Mon opinion très prononcée est pour le régime actuel qui nous gouverne. J'aime mon pays, je suis Vaudois de cœur autant que quelque citoyen qui puisse s'en vanter, et dans l'occasion je serais prêt à faire, selon mes forces, toutes sortes de sacrifices temporels pour le bonheur de mon pays. Mais j'ai une âme immortelle à sauver; et, tout en déplorant de me trouver en conflit avec mon gouvernement quant à la manière de voir ce qui se passe de nos jours, je dois pourtant, à tout prix, rester fidèle à celui qui m'a aimé et s'est donné lui-même pour moi. « Nous ne sommes pas, dit l'apôtre, de ceux qui se retirent, ce serait notre perdition ; mais nous persévérons dans la foi pour le salut de nos âmes.» (Hébr. X, 39.)

Veuillez, très honorés messieurs, me dire combien de temps on m'accordera pour quitter ma cure, ne sachant encore où aller; je demanderais environ deux mois pour prendre mes arrangements.

Daignez, très honorés messieurs, agréer l'hommage de mon profond respect. ,

A. Rochat, pasteur.

Bière, 22 janvier 1824.

Le conseil d'âtat ne fit point attendre à Rochat la réponse que sa lettre appelait. Cette réponse était, du reste, sauf quelques

Page 1