VI PRÉFACE
dans le passé, et, par conséquent, sans raison d'être dans le présent et dans l'avenir. Mais il ne m'était pas alors possible de déterminer ces causes antérieures et de découvrir comment le présent se rattachait légitimement au passé. J'avoue que cette question me préoccupait, m'inquiétait même, et souvent me rendait perplexe sur la stabilité d'un établissement qui semblait avoir si complètement rompu avec la tradition historique de l'église vaudoise.
En 1845, à l'époque de la démission des pasteurs, je n'étais encore qu'un jeune étudiant et, par conséquent, je ne fus point mêlé à un acte dont je ne saisissais même pas encore bien toute la gravité. Cependant je compris que l'idéal que j'avais caressé dès l'enfance, et qui n'était autre que d'aller desservir un jour une modeste cure de campagne, se trouvait subitement détruit. Comme bien d'autres, j'en dus prendre mon parti, et je le fis, tout en suivant d'un œil attentif et sympathique le mouvement ecclésiastique qui s'accomplissait dans ma patrie. C'est dans ces circonstances et dans cette disposition d'esprit que je partis pour l'Allemagne et que j'allai continuer mes études à Halle et à Erlangen. Jusqu'alors je n'avais point osé ouvrir YEssai de Yinet sur la manifestation des convictions religieuses. Je le lus, et les événements dont le canton de Vaud était le théâtre m'apparurent sous un jour plus clair. Je compris qu'il pouvait y avoir à la base de ces faits, des principes dont, jusqu'à ce moment, je n'avais point supposé l'existence. Rentré dans mon pays, mes études légales étaient à peine achevées dans la faculté libre de théologie qui venait d'être fondée à Lausanne, que j'étais appelé à exercer le ministère dans nos montagnes. Là, je ne tardai pas à me heurter