PRÉFACE. VII
à des difficultés et à des obstacles que je n'avais point prévus. L'église libre n'était pas populaire; si peu même, qu'elle rencontrait encore partout une violente opposition. A la vérité, ce n'est pas cette opposition, sous sa forme violente, qui m'étonnait le plus; il est dans la nature du christianisme , dans la nature de la vraie piété de réveiller et d'exciter l'hostilité naturelle du cœur contre la vérité; mais ce qui me surprenait, ce qui me troublait même parfois, c'étaient les arguments, les raisons que des hommes sages, modérés, pieux, avançaient contre l'existence même de l'église libre, c'étaient les causes qu'ils assignaient à son établissement, les mobiles qu'ils croyaient pouvoir signaler chez ses fondateurs. Sans parler des motifs d'opportunité qui sont, le plus souvent, affaire d'appréciation individuelle, il semblait, à entendre certaines gens, que l'église libre n'avait pas sa raison d'être, qu'elle était un fait anormal dans le développement général de l'église vaudoise , un schisme coupable, une grande infidélité à la tradition historique du royaume de Dieu dans le canton de Vaud.
Pressé par ces objections et d'autres de même nature, je voulus en avoir le cœur net, et, dans ma solitude des montagnes, je me mis avec ardeur à étudier, d'abord la question de l'église en général , ensuite celle de l'église libre en particulier. Mais plus j'étudiais cette dernière question, plus il me paraissait évident que l'église libre devait avoir des racines dans le passé historique de l'église vaudoise et que, pour se rendre fidèlement compte des événements de 4845, il fallait remonter plus haut. Jusqu'où? je ne le voyais pas encore, et ce n'est que longtemps après que ma pensée s'est fixée sur le plan de l'ouvrage dont je livre aujourd'hui, au public, la première partie.