CHAPITRE XV
Impuissance de l'arrêté du 15 janvier. — Requête des cinq ministres au conseil d'état. — Les assemblées religieuses se multiplient. — Le ministre Fivai-, à Orbe, est privé de sa suffragance.
L'arrêté du 15 janvier ne pouvait empêcher le mouvement commencé de s'accomplir. Un principe vrai est une puissance invincible et, tôt ou tard, la victoire lui est acquise. Or, le principe ici en cause était celui de la liberté même, de la liberté de
» Avez-vous affranchi le peuple de quelques impôts ? Non ! Ceux que vous avez abolis ont été payés et rachetés par le peuple même et les communes que vous avez forcées à ce rachat, qu'ils ne désiraient point. Vous vous êtes saisis et accaparés de toutes les droitures et redevances que vous avez incontinent remplacées par d'autres, en changeant les noms ; et les quatre ou cinq impôts directs qui existaient sous l'ancien régime ont été remplacés successivement par trente-cinq espèces d'impôts directs et indirects qui ont affligé et affligent maintenant le malheureux peuple.
» Les deux et trois pour mille, sur tous les Mens fonds généralement, ont remplacé les dîmes et les censés, auxquels un vingtième seulement de la surface du canton était assujettie. Les lauds, dont beaucoup de fonds étaient francs, ont été remplacés par le droit de mutation général, sur tous les fonds et tous les héritages qui ne payaient rien autrefois.
» Le timbre, l'addition sur le prix du sel, l'impôt sur les vins, sur la bière, les liqueurs, la taxe sur les auberges, les patentes sur tous les genres d'industrie, celles pour la chasse, pour la pêche, pour prendre les oiseaux au filet, les impôts sur les chevaux, sur les carosses, sur les domestiques, sur les cartes, sur les bêtes grasses à la boucherie, les péages, pontenages, droits d'entrée, droits de sortie du canton, fourniture de l'équipement militaire à Lausanne; impôts sur les montres, sur les chiens, sur les fourneaux, sur les cheminées, qui deux fois déjà ont existé. Et le pire de tout, cette foule de procureurs, ces sangsues du peuple qui obstruent journellement les routes, qui éclaboussent de leur cabriolet les honnêtes passants, en se rendant devant les tribunaux pour y dévorer ceux qui sont en retard de payement
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conscience et de culte, de la libre activité dans le champ de Dieu qui est le monde et, comme Vinet aurait pu déjà le formuler, le droit et le devoir de la manifestation des convictions religieuses. Les cinq ministres destitués ou démissionnaires, espérant
pour les dits impôts, et auxquels il est alloué 28 batz par paraissance, malgré qu'ils en font de vingt à trente le même jour par devant le même tribunal. Les émoluments énormes des tribunaux, des greffes, le papier gradué pour les obligations et lettres de rentes, et tant d'autres en actions qu'il serait trop long de détailler, prouvent assez que la religion de l'état, n'est pas la religion de l'Evangile que nous professons. Non, citoyens, nous n'abandonnerons jamais celte dernière pour professer la vôtre.
» Vous accusez un des nôtres d'avoir fait à un régent ïe reproche d'instruire son école dans une fausse religion, sur la voie de Satan; cela peut être très vrai et très bien appliqué, si ce régent se servait du fameux catéchisme républicain de Laharpe, que vous avez fait répandre dans toutes les campagnes avec injonction secrète de le faire lire et étudier aux enfants. Livre qui fait sans doute l'admiration de toutes les cours de l'Europe, même de l'empereur Alexandre, qui aujourd'hui est bien revenu de la doctrine et des principes de son ex-instituteur. Un de nos ministres (dites-vous) a écrit que bien loin de pouvoir être sauvés par les œuvres, les hommes sont placés par elles sous la malédiction. Ceci s'entend et s'explique de lui-même; ce ministre zélé n'a point voulu parler des vertus, ni des bonnes œuvres recommandées dans l'Evangile, telles que la charité, la patience, l'obéissance aux autorités légitimes, l'amour du prochain, le respect pour les propriétés d'autrui, etc., il n'a point voulu parler de la religion du pays, mais seulement de la religion de l'état, qui en diffère si fort, et des œuvres recommandées dans le catéchisme et les écrits de Laharpe.
» Vous accusez aussi gratuitement les prétendus mômiers d'être cause que des pères ont retiré leurs enfants des écoles publiques. Nous ignorons si le fait existe, mais n'est-il pas aussi probable que quelques parents, ayant reconnu dans la conduite de leurs enfants que cet esprit de liberté et d'égalité qu'on s'efforce de leur inculquer, dégénérait en esprit de licence et d'insubordination , ils aient préféré leur donner une éducation différente, et le catéchisme d'Osterwald à celui de Laharpe. Enfin vous nous faites un crime de ce qu'un tailleur a administré la sainte cène; il a eu tort sans doute, si le fait est vrai, puisqu'il n'en avait pas acquis le droit par la consécration : mais la prétendue secte que vous qualifiez de mômiers, parce qu'elle ne veut point adopter votre religion de l'état, doit-elle être inculpée tout entière, pour le zèle fanatique d'un seul homme qui commet la petite erreur de croire ses mains aussi pures que celles de plusieurs de vos ministres, qui du haut de la chaire du Seigneur, prêchaient ouvertement l'insubordination et la révolte, ou qui, au sortir de l'église où ils venaient de distribuer le pain sacré, se mettaient à la tête des brigands armés qui spoliaient et brûlaient les archives des châteaux. Nous devons sans