‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 205 sur 243 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

que l'arrêté du conseil d'état était l'effet de faux rapports et de fausses informations, plutôt que d'une vraie connaissance de l'état des choses, et qu'après plus ample information, le conseil d'état serait disposé à revenir sur des mesures aussi opposées au simple droit des gens, lui présentèrent en commun la requête suivante :

Très honorés monsieur le landammann et messieurs les membres du conseil d'état, Notre premier mouvement, à la lecture de votre arrêté du 15 janvier, publié par les papiers du 20 et renfermant vos dispositions à notre égard, a été de sentir que cette mesure, quelque grave qu'elle soit, n'était point prise à l'insu de Celui qui siège au-dessus des rois et des gouverneurs, et de nous préparer humblement à faire sa volonté quelle qu'elle fût. Nous nous sommes affligés, en voyant à quel point nous qui servons le Seigneur selon la vérité des saintes Ecritures, nous étions et méconnus et haïs au milieu d'un peuple qui fait profession d'être soumis à l'Evangile. Nous aimons à nous persuader que de la part de ceux qui ont arrêté cette mesure, elle provient de ce qu'ils se méprennent sur nos principes, nos motifs et notre conduite, vu que l'on ne peut croire que, dans notre état, l'autorité supérieure voulût poursuivre des citoyens conformes dans leur croyance à la confession de foi et aux livres symboliques de l'Eglise, parce qu'ils se sentent pressés par le devoir de communiquer à leurs semblables les vérités salutaires proclamées dans ces livres d'après l'Evangile.

doute éviter tout scandale, parce que l'Evangile nous dit : malheur à celui par qui le scandale arrive. Mais nous espérons, citoyens, que dans un pays où tout se fait au nom de la liberté, nous obtiendrons celle de prier Dieu dans nos maisons, réunis à nos familles et à nos amis; asiles bien aussi purs que vos églises depuis si longtemps souillées par des baccanales révolutionnaires et les assemblées populaires qui s'y sont tenues, et que vos despotiques baïonnettes ne viendront point interrompre nos dévotions et nous forcer à mériter la couronne des martyrs ! car Jésus-Christ a dit : là ou il y en aura quatre ou cinq assemblés en mon nom, je suis au milieu d'eux. »

Cette réponse a été envoyée à six membres du conseil d'état, mais comme ils n'ont pas jugé à propos de la faire insérer dans le journal vaudois qui est exclusivement à leurs ordres, et nullement à la disposition des malheureux qui y sont calomniés, on prend la liberté d'en envoyer quelques copies dans diverses villes de la Suisse. {Note à la marge.)

MOUVEM. RELIG. I. 23

C'est pourquoi, très honorés messieurs, persuadés que nous sommes que votre arrêté comprime nos assemblées, plutôt d'après l'opinion que vous vous en formez que d'après leur caractère propre, nous venons très respectueusement requérir et de votre justice et de votre protection impartiale, qu'il vous soit agréable de nous écouter et de recevoir notre réclamation.

Nous vous l'avons dit dans notre déclaration du 24 décembre dernier, et nous vous le répétons ici en toute sincérité et devant Dieu que nous craignons; ce n'est point une secte, encore moins une religion nouvelle que nous introduisons dans l'état, c'est la religion de nos pères, la religion de l'Evangile, telle qu'elle a été rétablie et confirmée dans notre pays dès les premiers jours de la bienheureuse réformation; c'est la doctrine et rien que la doctrine dont les divers articles sont exposés dans nos livres symboliques; c'est la religion évangélique réformée, reconnue comme la religion de l'état par notre constitution; c'est la sainte morale que notre confession de foi reconnaît être celle du peuple de Dieu. Ce que nous croyons et ce que nous prêchons, c'est le salut de l'Eternel, notre Rédempteur de tout temps, et l'obéissance à ses commandements qui en découle, obéissance par un principe de conscience et d'amour, d'où dérivent, en celui qui croit, toutes les vertus domestiques et sociales dans leurs développements les plus étendus et les plus secrets.

Or, très honorés messieurs, comment pourrions-nous, étant ministres de l'Evangile, ne pas nous soucier de prêcher ou de ne prêcher point l'Evangile? Comment pourrions-nous ne pas réclamer auprès de nos magistrats, avec le respect que nous leur devons, au sujet d'une mesure qui tend à nous contraindre de ne pas annoncer aux âmes qui désireraient se réunir pour l'entendre, la Parole que Dieu ordonne à ses ministres d'annoncer à toute âme vivante? Ne croyez cependant pas, très honorés messieurs, qu'il y ait dans cette déclaration aucun esprit d'insubordination ou de révolte ; à Dieu ne plaise que de pareils motifs nous dirigent jamais. Non! très honorés messieurs, ce n'est point pour manquer à votre autorité, ni pour donner à qui que ce soit le funeste exemple de l'insubordination que nous vous soumettons ce qui se passe en nos cœurs. Nous désirons aussi vivement qu'il est possible, nous pouvons le dire, que jamais nous ne soyons dans la nécessité profondément douloureuse de choisir entre les ordres souverains de Dieu et la soumission aux puissances delà terre, soumission dont nul ne se fait une idée aussi grave et aussi solennelle que le chrétien, qui la fonde, non sur la crainte des châtiments humains, mais sur celle de Dieu même.

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