‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 206 sur 243 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Nous souhaitons, très honorés messieurs, d'empêcher que, par surprise ou par une information insuffisante, la mesure par laquelle vous désirez évidemment de prévenir des désordres n'en suscite de bien réels et ne vous expose à sévir contre de fidèles citoyens, ou même à laisser verser leur sang. Car, très honorés messieurs, quelle sera la conséquence de votre arrêté, s'il demeure? Chaque esprit irréligieux ou turbulent se croira par lui supporté dans les dénonciations les plus calomnieuses ou les voies les plus violentes (comme il s'en est déjà manifesté, en divers lieux, quelques symptômes assez graves par cet arrêté) contre de paisibles disciples du Seigneur Jésus, qui, parce qu'ils auront été désignés par vous, très honorés messieurs, comme dignes de votre blâme et de vos châtiments, ne seront plus dans l'estimation de notre peuple que des gens hors de la loi et sous l'interdit. Cependant, même l'excès de ces violences arracherait-il de nos cœurs la foi que la Parole du Seigneur y a plantée? A-t-on jamais vu, et du temps des apôtres et dans tous les âges, que l'opprobre et la persécution poussassent à l'apostasie les serviteurs de Dieu et les vrais fidèles? Ah! ils savent tous qu'en quittant cette vie, même par le glaive, ils ne vont pas ailleurs que dans le sein de Celui qui leur a donné, par grâce, et de le connaître par leur Sauveur et de préférer sa Parole et son service à cette vie, qui n'est bonne qu'autant qu'elle est saintement et fidèlement consacrée à l'avancement de son règne.

Considérez ces choses, très honorés messieurs, nous vous en supplions, nous vous le demandons en toute paix, en toute soumission et au nom de Dieu notre Sauveur. Ne nous j ugez pas par préoccupation et sur les procédés des ennemis de la foi. Accordez-nous la liberté de paraître devant vous, d'être entendus, même publiquement si vous le trouvez bon, d'être suivis par votre inspection dans nos assemblées. Ne nous frappez pas sans nous connaître davantage; vous risqueriez d'atteindre ceux que vous approuveriez si vous les connaissiez, et que vous vissiez en eux ce qui s'y trouve en effet, non point l'esprit schismatique et sectaire de novateurs hors de la foi, mais le fidèle attachement à la Parole de l'Evangile et par conséquent à l'église de nos pères. Ayez donc pour agréable, très honorés messieurs, la demande que nous vous faisons d'être libres d'adorer et de servir, assemblés avec nos frères, le Seigneur selon sa Parole, et d'être placés sous votre immédiate et souveraine inspection, plutôt que de nous voir exposés aux secrètes et perfides délations ou de nos ennemis particuliers ou des ennemis de la doctrine du salut.

C'est donc ici la requête que nous vous adressons, très honorés messieurs, c'est qu'après que nous aurons été entendus, nos assemblées

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puissent se tenir, sous votre inspection spéciale, aux heures que vous fixerez et sous les précautions de police que vous jugerez convenables; qu'ainsi nous nous assemblions sous vos yeux, par la présence au milieu de nous de quelque officier civil, qu'il pourrait vous plaire de nommera cet effet.

Permettez-nous de vous le répéter: Il est urgent, très honorés messieurs, et veuillez croire cette parole de notre part, il est urgent que vous nous accordiez la grâce de paraître devant vous. Votre circulaire adressée aux lieutenants, juges de paix et municipalités, et insérée dans les papiers publics du 23 janvier, nous le démontre. Non que nous prétendions jamais soutenir comme irrépréhensibles les choses que la Parole de Dieu n'approuve pas, qui peuvent quelquefois s'être trouvées ou se trouver encore dans les démarches et les discours des plus vrais disciples du Seigneur, dont le premier zèle est rarement accompagné de toute la sagesse désirable, et qui même toute leur vie, étant toujours imparfaits, sont sujets à faillir en quelques-unes de leurs actions ou de leurs paroles. Mais votre circulaire nous prouve que nos démarches sont parvenues jusqu'à vous sous des couleurs qui sont loin des véritables intentions de nos cœurs, et que nombre de nos paroles ont été interprétées dans un sens tout à fait opposé à celui que nous y avons attaché d'après les saintes Ecritures.

Qu'il vous plaise, très honorés messieurs, de ne pas mépriser vos concitoyens parce qu'ils ne sont pas le plus grand nombre, et de ne pas rejeter la requête de nous, disciples du Seigneur Jésus, parce que notre maître est méconnu de plusieurs.

Daignez donc donner une réponse favorable à ceux qui, dans la soumission que leur foi leur impose, l'attendent de votre bienveillance.

Veuillez agréer, très honorés monsieur le landammann et messieurs les membres du consei/ d'état, l'hommage de notre profond respect.

J.-D.-Alex. Chavannes,

H. JUVET,

F. Olivier,

ministres de l'Evangile.

Quoique mes circonstances passées n'aient pas été les mêmes que celles de mes trois frères qui ont signé ci-dessus; m'étant, par ma déclaration du 11 janvier, uni de fait, comme je l'étais auparavant de cœur, à tous ceux qui sont fidèles à la saine doctrine de Christ et à la confession de

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