‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 219 sur 243 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Devait-elle, en m'expulsant contre toute loi, violer celles qui ordonnent la police et me livrer ainsi aux caprices des méchants?

A L'Isle, où ma liberté est encore plus outragée qu'à Montricher, à L'Isle on procéda aussi contre moi avec l'arbitraire le plus inouï. M. le syndic, de son chef, sans s'étayer d'aucune loi, me donne ordre, par écrit, de vider la commune, et je suis menacé de la contrainte si je ne me soumets pas de suite à des caprices.

Ne s'arrêtant pas à des menaces qu'il n'est pas en pied de faire, il pousse le mépris de la loi, lui qui est chargé de la maintenir, jusqu'à s'approprier un droit que le gouvernement, dans sa prudence, n'a confié, et encore avec mesure, qu'à ses lieutenants et juges de paix, celui de mettre la force armée sur pied (loi du 6 juin 1803; arrêté d'août 1803) ; il rejette la garantie que veut donner en ma faveur un citoyen respectable, et fait entrer, dans la maison, de force et avec effraction.

Quelle est la loi qui ordonne à une justice de vilipender, par elle-même et par d'autres, un prisonnier, lors même qu'il serait coupable, bien moins s'il est innocent ?

Quelle est la loi qui prescrive une punition arbitraire, comme on le fit dans mon cas, en permettant et en ordonnant de m'outrager ?

Où est-il ordonné aux assesseurs de paix de frapper, dans les rues, du pied et du bâton les citoyens qui leur déplaisent?

Que penser de tels magistrats, quand on les entend murmurer de la protection que la loi donne aux citoyens paisibles, qualifier cette justice de trop de tolérance, et voter que nous, citoyens vaudois et chrétiens, nous soyons livrés à la populace pour être anéantis?

Depuis quand suffit-il d'avoir un uniforme et un fusil pour avoir droit de brigandage?

Et que dire de la conduite très honteuse de M. le juge de paix, qui, bien loin de remontrer aux municipalités leurs torts dans la lésion de mes droits, ne faisait que les encourager à l'injustice par l'improbation qu'il me donnait ?

Ainsi, très honorés messieurs, contre tout droit et contre toutes les formes, qui, pourtant, sont la sauvegarde des citoyens, des autorités municipales, oubliant leur caractère pour se mettre hors de la loi, n'ont pas eu honte de s'adjoindre la populace pour me poursuivre et me dépouiller ignominieusement de ma liberté.

Or, très honorés messieurs, comment ne réclamerais-je pas hautement contre de pareils attentats ? Comment ne le ferais-je pas avec d'autant plus d'instance que ce n'est pas la sûreté, l'existence d'un seul qui est

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menacée, mais bien celle de tons ceux qui, comme moi, se rattachent et demeurent fidèles à la religion voulue dans notre état par la constitution? (Art. 36.) Oui, je réclame contre l'anarchie dans laquelle nous vivons parmi le peuple à cause de nos principes évangéliques.

Et ici je vous supplie, très honorés messieurs, de considérer combien il nous importe à nous, citoyens paisibles, que vous preniez, dans votre sagesse souveraine, des mesures promptes et assurées pour le maintien de nos droits et de notre vie. Car, très honorés messieurs, si ce qui s'est passé a suffi pour troubler notre existence, comment pourrions-nous regarder sans inquiétude dans l'avenir, lorsque nous voyons des hommes tels que ceux qui m'ont tourmenté, non-seulement à la tête des municipalités et des justices de paix, mais encore membres, soit directs, soit indirects, du corps législatif de notre patrie?

Ne trouvez donc pas mauvais, très honorés messieurs, si je poursuis mes intérêts. Je le dois à la loi, à la société, je le dois à moi-même, je le dois aussi à ma chère femme et à mes chers enfants. Et n'est-ce pas là la faculté, la garantie sacrée qui fait l'héritage de tout citoyen vaudois? N'est-ce pas pour le maintien de cette riche prérogative, dans toutes ses dépendances, que tous nos tribunaux sont voulus par la constitution ? Et si constamment il y a des citoyens qui plaident pour de l'argent, ne me sera-t-il pas permis de le faire pour des intérêts bien majeurs ?

Aussi, très honorés messieurs, vous comprenez vous-mêmes, que si ma liberté n'est pas maintenue contre tous et un chacun, il vaut autan t pour moi être reclus dans nos prisons à perpétuité. Car qui voudrait être citoyen vaudois à un tel prix ?

Veuillez agréer, très honorés monsieur le landammann et messieurs les membres du conseil d'état, l'hommage de mon profond respect.

H. Juvet, ministre du saint Evangile.

Henri Juvet était d'autant plus fondé à se plaindre, qu'indépendamment des indignes mauvais traitements qu'il avait endurés, on ne pouvait nullement invoquer contre lui les dispositions de l'arrêté du 15 janvier. C'est avec pleine raison qu'il

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