CHAPITRE XIX
nous faire le reproche d'avoir négligé de vous faire connaître à temps la vérité sur des choses aussi délicates, aussi importantes, et dont les suites auront une si grande influence sur la paix et le bonheur de notre chère patrie.
Vous pourrez remarquer, à la lecture de cet écrit, que toutes nos démarches ont toujours été franches et ouvertes, et que nous avons toujours eu soin, par respect et par soumission, d'en informer notre gouvernement, ce qui ne ressemble guère à la manière d'agir de sectaires et de séducteurs. Nous avons été jusqu'à solliciter la grâce d'être entendus, même publiquement, mais elle nous a été refusée.
Le conseil d'état paraît s'être mépris sur nos dispositions et avoir pris pour une rébellion notre fidélité à l'Evangile, sans respecter nos consciences. Mais personne n'est plus éloigné que nous de l'insubordination. Nous sommes soumis au contraire à toutes les autorités, suivant leurs compétences respectives, et aux lois selon le Seigneur ; et ce n'est pas nous révolter que de refuser de nous soumettre à l'arbitraire et à ce qui est contre la parole de Dieu.
Vous verrez encore, très honorés messieurs, de combien de mensonges et de calomnies nous avons été les objets, soit quant à nos actions et notre conduite, soit quant à la doctrine que nous prêchons, et en particulier combien est fausse l'accusation que l'on nous fait généralement, soit par ignorance, soit par mauvaise foi, de ne vouloir point de bonnes œuvres. Vous reconnaîtrez que si, en effet, nous annonçons, avec l'Evangile et avec notre confession de foi, que le croyant est justifié devant Dieu sans aucune œuvre et par sa seule foi en Jésus-Christ crucifié, nous exigeons en même temps, mais par une autre raison, du pécheur justifié par grâce, par la foi, toutes les bonnes œuvres que recommande la loi de Dieu, savoir pour glorifier son nom par l'obéissance, et pour annoncer les vertus de Celui qui nous a appelés à sa merveilleuse lumière.
Vous serez sans doute aussi frappés, très honorés messieurs, de la fausseté de cette autre accusation qu'on répand sans cesse contre nous, c'est que nous sommes la cause des troubles qui ont eu lieu et que nous provoquons des désordres ; tandis qu'au contraire ces désordres ne sont autre chose que les vexations dont nous et nos frères avons à souffrir sans y donner lieu par aucune offense, et desquelles on devrait, par conséquent, nous rendre justice plutôt que de nous en faire un crime comme cela est arrivé jusqu'ici. Ah! bien loin que nous causions des troubles, la vraie et seule cause de ceux dont nous avons tous à gémir, n'est-
elle pas au contraire l'impunité accordée à nos agresseurs, le blâme et l'opprobre dont on nous a couverts injustement, et les mesures oppressives qui ont été prises contre nous V N'est-il pas à remarquer que chaque fois qu'on a essayé de déployer quelque fermeté contre les perturbateurs, ils sont à l'instant rentrés dans l'ordre? Ne voit-on pas, d'après cela, que le seul moyen de conserver la paix dans la société, c'est de maintenir à chacun la liberté que lui accorde la loi et de réprimer les vexations, et que les mesures violentes contre les opprimés, loin de produire l'effet qu'on en attend, ne sont propres qu'à enhardir les méchants et qu'à accroître les désordres, comme il n'est que trop évident par les suites funestes de l'arrêté du 15 janvier dernier.
D'ailleurs, il est inutile de tenter seulement d'arrêter ou de détruire ce qu'on nomme ici une secte, parce que ce n'en est point une, mais l'église de Christ, sur laquelle aucune puissance quelconque ne pourra prévaloir. Et si l'histoire du monde prouve que la persécution n'a jamais servi qu'à enraciner dans leurs croyances ceux mêmes qui soutenaient l'erreur, combien moins réussira-t-elle contre ceux qui défendent la vérité !
Que si l'œuvre qui se fait de nos jours, non-seulement dans notre pays, mais sur toute la terre, est encore pour un grand nombre un sujet de doute et d'irrésolution, qu'en attendant plus de lumière, ils tiennent le langage du sage Gamaliel : « Si ce dessein est un ouvrage des hommes, il se détruira de lui-même; mais s'il vient de Dieu, vous ne pourrez le détruire, et prenez garde qu'il ne se trouve que vous ayez fait la guerre à Dieu ! »
Nous vous supplions, très honorés messieurs, d'accueillir avec bienveillance et d'examiner avec attention ces pièces, que nous aurions désiré pouvoir vous présenter plus tôt ; mais cela ne nous a pas été possible.
Veuillez aussi, très honorés messieurs, nous vous en conjurons, prendre en considération ce qu'a de révoltant la dure intolérance qui pèse sur nous dans un pays qui se dit libre, de même que le fâcheux effet qu'elle produit dans les pays étrangers, et le blâme qu'elle reçoit de tous côtés de la part des personnes amies de l'ordre, de la tolérance et de la vraie liberté.
Agréez, etc.
J.-D.-Alex. Chavannes, ministre de l'Evangile. H. Juvet, ministre de l'Evangile.
F. Olivier, ministre de l'Evangile.
Ch. Rochat, ministre de l'Evangile.
A. Rochat, ci-devant pasteur à Bière.