‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 225 sur 243 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Spectacle vraiment étrange ! Des ministres de l'Evangile sont contraints, dans le but de s'assurer la liberté la plus élémentaire, d'entamer une joute théologique avec un conseil d'état qui a déclaré n'avoir pas à s'occuper de ce qui concernait les opinions religieuses des individus 1 î Des ministres de l'Evangile sont obligés de se défendre contre l'accusation de ne vouloir point de bonnes oeuvres, et d'établir devant l'autorité civile qu'ils exigent du pécheur justifié par la grâce, toutes les bonnes œuvres que recommande la loi de Dieu ! C'est que l'autorité, méconnaissant absolument le rôle seul convenable qu'elle était appelée à jouer dans des circonstances aussi délicates, faisait énormément de polémique, tout en déclarant bien haut qu'elle laissait à chacun la responsabilité de ses opinions religieuses2. Nouvel exemple de l'irrésistible tentation qu'éprouve un gouvernement de se mêler de questions de doctrine et d'enseignement, lorsque la société civile et la société religieuse sont soudées ensemble, comme l'étaient chez nous l'église et l'état à l'époque dont nous nous occupons. Le magistrat ne se faisait pas seulement le gardien des bonnes mœurs, il se faisait encore le gardien de ce qu'il estimait être les bonnes doctrines î De là les conflits que nous avons vus surgir et ceux qui surgiront encore; de là les mesures oppressives et les résistances nécessaires, quoique douloureuses ; de là ces germes persistants d'intolérance, au sein de notre peuple, et ces revendications, parfois trop peu ménagées des droits de la conscience, de la part de ceux auxquels on les refusait ; de là, enfin, deux peu-

1 Arrêté du iS janvier.

* Circulaire aux juges de paix, 16 janvier.

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pies dans le même peuple ; deux courants différents d'idées, de manières de voir, de mœurs et d'habitudes ! Le gouvernement vaudois de 4824 a voulu unir par la force des éléments que la liberté seule aurait été assez puissante pour rapprocher, et qui, grâce à elle, auraient pu se fusionner, sans secousses et sans souffrances. En procédant comme il l'a fait, ce gouvernement n'a réussi qu'à accuser plus nettement encore les caractères distinctifs et dissemblables des éléments qu'il voulait fondre ensemble; à la place de l'union, il a provoqué la déchirure. C'est ce que nous avons déjà vu ; c'est ce que nous verrons mieux encore dans la suite de ces pages.

MM. Chavannes, Juvet, Olivier, Auguste et Charles Rochat avaient espéré que leur recueil de pièces officielles et la lettre qui l'accompagnait parviendraient à éclairer, à influencer et à émouvoir le conseil d'état et, par son moyen, le grand conseil et le peuple lui-même. Ils s'étaient trompés, et un fait sur lequel nous voudrions pouvoir jeter le voile de l'oubli le plus profond, ne tarda pas à leur faire comprendre que c'était en vain qu'ils compteraient désormais sur les bons instincts des magistrats et du peuple, sur des sentiments de justice chez leurs adversaires, et sur le bon droit de la cause dont ils avaient été faits les champions.

« Dans la séance du jeudi 20 mai et après une discussion de quatre heures, qui a offert un grand intérêt, le grand conseil a accepté le projet de loi dirigé contre la nouvelle secte religieuse qui a fait l'objet de l'arrêté du conseil d'état du 15 janvier! » C'est en ces termes que le plus considérable des journaux vaudois de cette époque, la Gazette de Lausanne, annonçait à ses lecteurs l'adoption, par l'autorité législative, d'une loi qui de-

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