‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 226 sur 243 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

vait avoir le triste privilège de sanctionner des mesures oppressives et d'inaugurer une ère vraiment honteuse pour le canton de Vaud. On s'étonne, on s'afflige de ce calme, de cette froideur de la part d'un journal qui aurait dû prendre à tâche d'influencer l'opinion publique dans le sens de la liberté, et qui ne se montrait que le servile organe des passions populaires. A la lecture de ces quelques lignes, servant d'introduction à la loi du 20 mai, dans les colonnes delà Gazette, se serait-on douté qu'il s'agissait d'une loi dont les effets devaient être si funestes et qui, après avoir provoqué l'indignation de tous les honnêtes gens en tous pays, finirait, six ans plus tard, par tomber écrasée sous le poids de la honte!

La loi du 20 mai était le couronnement d'une série d'actes iniques; elle en était la sanction officielle. La persécution religieuse se voyait ainsi élevée au rang d'œuvre pie ; d'œuvre juste, sainte et légale. Les droits de la conscience, de l'humanité, de la vérité étaient foulés aux pieds, sacrifiés aux plus mauvais instincts de la foule, donnés en pâture à la populace. Nous ne saurions trouver des expressions assez fortes pour blâmer, pour condamner cet acte inqualifiable des autorités supérieures, oublieuses de leur mission comme de leur propre dignité, et il n'est, à nos yeux, qu'une épithète qui puisse s'associer naturellement à la loi du 20 mai, c'est celle d'infâme! C'est bien là ce qu'elle a été, et dans son principe, et dans ses dispositions, et dans ses résultats. Nous donnons ici le texte de cette loi, en le faisant précéder d'un extrait du rapport fait à son sujet.

Rapport sur le projet de loi tendant à réprimer ceu-x qui cherchent à introduire une nouvelle secte.

Très honorés messieurs les membres du grand conseil,

La loi dont nous allons nous occuper est aussi importante que délicate. Importante en ce que tout ce qui tient à la religion ne saurait être indif-

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férent ; délicate, en ce qu'il est fort difficile de statuer sur une matière de cette nature.

Cependant, quelque loin que l'on soît porté à la tolérance, on comprend qu'elle doit s'arrêter là où elle deviendrait dangereuse; et si en général un gouvernement sage admet une liberté indéfinie de conscience, cette liberté ne saurait être étendue à des actes qui tendraient à bouleverser les institutions fondamentales de la société, en portant atteinte à la religion établie.

La religion se rattache immédiatement à l'ordre civil; et tandis qu'elle enseigne aux jeunes citoyens leurs devoirs envers Dieu ; la reconnaissance qu'ils doivent avoir pour tous les biens qu'ils en reçoivent dans cette vie, et ceux qu'ils en recevront dans une meilleure vie, s'ils le méritent; de bonnes lois les protègent dans ce monde envers leurs semblables, et leur assurent égalité de droits avec eux, paix et tranquillité. Ainsi la religion et les lois se réunissent pour faire ici-bas le bonheur des hommes; et vouloir porter atteinte à la première, c'est vouloir changer les secondes.

C'est dans ce but que, dans chaque état, le culte a été établi, réglé : il fut toujours et partout le premier objet auquel les législateurs s'arrêtèrent comme base fondamentale de Tordre social.

Il suit de là que tout ce qui tient au culte extérieur et à sa célébration se trouve immédiatement sous la surveillance du souverain ; qu'il n'est pas plus permis de déroger à quelqu'une des règles établies à cet égard, que de violer toute autre loi ; et que si des changements étaient nécessaires, ils ne pourraient partir que de l'autorité.

Ces principes posés, examinons s'il doit être changé à nos institutions religieuses, et quelles en seraient les conséquences probables.

Depuis des siècles la paix la plus profonde et l'union vraiment la plus touchante régnaient dans notre église. Tout à coup quelques jeunes gens, consacrés au service de l'autel et qui avaient juré de remplir leur ministère suivant les rites établis, s'exaltent: il s'imaginent que des abus se sont introduits dans l'église ; que tout ce qui se pratique est une œuvre de Satan; qu'une réforme est nécessaire. Ils l'établissent, cette réforme, à leur manière et ils la prêchent. Abusant des facilités que leurs places leur donnaient avant qu'ils fussent démasqués, usant de l'avantage que donne l'instruction sur l'ignorance, ils sont parvenus à séduire la plupart de leurs paroissiens. Les jeunes tilles dont l'imagination est la plus mobile sont particulièrement celles auprès desquelles ils ont le mieux réussi.

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