CHAPITRE XIX
également attachés à l'église nationale. Dans ce temps-là, il n'était guère question, dans les régions du pouvoir, d'abattre le clergé ; ce dernier était encore très soumis. Mais il y avait de l'ignorance, le besoin de la paix dans le pays, le besoin d'autorité aussi. Ces deux choses, l'étroitesse des vues et le besoin d'autorité étaient très réelles au sein du conseil d'état. On aurait dit à le voir, une réunion de treize secrétaires baillivaux succédant aux Bernois et gouvernant comme ces derniers. »
Ainsi l'incrédulité et l'ignorance d'un côté, l'étroitesse et certaines habitudes despotiques de l'autre; voilà ce que nous découvrons chez les auteurs et les champions de la loi du 20 mai; voilà le principe créateur de cette loi.
Les hommes qui, en 1824, faisaient partie du conseil d'état et plusieurs de ceux qui exerçaient une influence prépondérante au sein du grand conseil, patriotes sincères et libéraux éprouvés en politique, ne possédaient malheureusement aucun sens religieux. C'étaient des voltairiens qui auraient laissé tomber le christianisme, sans essayer de le maintenir. Au cercle de la Palud, où ils se réunissaient d'ordinaire, certains conseillers d'état ne s'en cachaient pas, Us en voulaient à Jésus-Christ et ils haïssaient l'Evangile. Rien de plus naturel alors qu'ils poussassent aux persécutions. Cela était connu, maison n'osait pas le dire tout haut! Eh bien! le temps est venu où ce que l'on n'osait pas dire autrefois, doit être dit pour l'instruction et pour l'avertissement de tous. Il est juste que l'on sache une fois ce que peuvent recouvrir de grands mots et un respect hypocrite pour cette religion que l'on s'efforce cependant de ruiner de ses propres mains. Dans ses arrêtés, le gouvernement prétendait n'en vouloir pas aux doctrines, aux opinions individuelles; mais au fond, et tout ignorant qu'il était de ces choses, il savait bien que les doctrines évangéliques, lorsqu'elles sont acceptées par le cœur et par la conscience, produisent une vie qui leur correspond, et comme il ne voulait pas de cette vie-là, il l'attaquait
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dans sa source même. L'orthodoxie morte , qui se contentait d'une froide adhésion aux livres symboliques, expression de la foi de l'église, était la bien-venue. De celle-là on n'avait à craindre aucun trouble, aucune difficulté intérieure; elle rendait facile l'art de gouverner. Mais que celte orthodoxie morte reprît vie et produisît la vie autour d'elle, alors la bienveillance se changeait en haine et les sourires protecteurs en grincements de dents l Voilà ce qui s'est passé chez nous, avant et après 1824, et ce dont nous avons pu être témoins nous-mêmes. Dans leur désir très sincère de maintenir V ordre dans le pays, nos gouvernants de 1824 ne s'élevaient pas au-dessus d'un terre-à-terre déplorable. Pour eux, cet ordre était tout extérieur, et ils ne comprenaient pas qu'on ne fait pas de l'ordre, même extérieur, en faisant du désordre moral. La privation de liberté pour les uns, la licence tolérée chez les autres, voilà ce qu'amenaient les arrêtés, les lois et les actes du gouvernement. Gomment des éléments aussi contradictoires auraient-ils produit quelque harmonie?
Mais, si le gouvernement de 1824 n'eut pas des idées plus larges, plus élevées, plus libérales sur le respect dû à la conscience et sur les droits de celle-ci ; s'il défendit la cause de l'unité religieuse et ecclésiastique par des armes charnelles, fut-il en cela le seul, et peut-être devrions-nous demander, fut-il le premier coupable? Il est douloureux d'avoir à constater ici que la doctrine des brochures'de M. Curtat avait fait école dans les régions gouvernementales aussi bien que dans le peuple, et que le gouvernement n'a fait que traduire, en style de police, les principes du doyen en matière de liberté religieuse et de tolérance. La part de M. Curtat dans l'action répressive exercée par