‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 23 sur 243 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Chose singulière! Leecrl gé, qui depuis des années souffrait de dures privations matérielles et qui, indépendamment de toute autre raison, pouvait se convaincre ainsi que l'appui offert par l'état à l'église est un appui précaire, le clergé, disons-nous, ne se montre nullement disposé à essayer du régime de la liberté. C'est lui, plutôt, qui serre fortement la chaîne qui le relie à l'état et qui réclame instamment pour l'église la protection du bras séculier. Etait-ce de la part du clergé manque de lumières? Etait-ce faiblesse de foi et crainte de voir tarir les maigres ressources que l'administration civile lui assurait encore? Cela importe peu au fond. Le fait est qu'au milieu du grand désar roi qui régnait alors en toutes choses, les pasteurs avaient sans doute, comme bien d'autres, beaucoup de peine à s'orienter.

La chute de la république helvétique mit fin au désordre dans lequel on vivait en Suisse depuis cinq années. L'acte de médiation, en raffermissant la situation générale de notre patrie, amena immédiatement des changements notables dans l'état intérieur des cantons. Alors aussi l'église devient cantonale, et si la position matérielle de ses pasteurs s'améliore promptement, le lien

laïques étaient assez disposés à mettre en pratique les théories émises par les législateurs de l'Helvétie sur le libre exercice de la religion. Le 22 mars 1802, on écrivait d'Aubonne au Nouvelliste vaudois les lignes suivantes :

« La petite commune de Bougij-VMars, toute composée d'agriculteurs, a craint les progrès du mal et elle a voulu qu'un ministre de l'Evangile vînt y prêcher tous ies quinze jours. Elle a bâti pour cela une chapelle sans aucun secours étranger et s'est chargée volontairement de faire une petite pension à un ministre avec lequei

elle vient de tomber d'accord à cet effet La commune de Bougy aura la gloire

d'avoir fondé une église au sein de la révolution et au moment même où. au grand scandale d'un peuple honnête et vertueux, tant de gens croient se faire un nom ou un parti en prenant une route contraire » — Ce qui se lit dans une petite commune et à une époque malheureuse ne pouvait-il passe faire ailleurs, et cet exemple ne pouvait-il pas être suivi? De la part des autorités, soit cantonales, soit helvétiques, il n'y eut nulle opposition, et chez le peuple aucune surprise, aucune protestation. Ne pourrait-on pas conclure de ce fait qu'il y a eu alors un moment trè^ court, sans doute, mais sensible, où le lien qui rattachait la société religieuse à la société civile eût pu être rompu sans trop de difficultés ?

qui unit les deux sociétés se resserre de nouveau et aussi fortement que sous le régime de Leurs Excellences. L'église forme un dicastère de l'état, et pendant loute la durée du régime de l'acte de médiation et au delà encore, elle ne cessera plus de ressortir à l'un des départements de l'administration civile. L'état pèsera de tout son poids sur l'église, et il faudra se rapprocher beaucoup des temps où nous vivons pour apercevoir, dans l'église, quelques tendances à revendiquer la liberté et pour voir ce besoin grandir et s'accentuer quelque peu.

La période de l'acte de médiation (1803-1813) ne présente rien de particulier sur les rapports de l'église ou du clergé avec le pouvoir civil. Après les agitations, les essais et les tâtonnements des années précédentes, le pays goûte un repos relatif4 ; l'administration du canton de Vaud s'organise et déploie une activité remarquable. Gela est surtout sensible en ce qui concerne l'instruction publique, l'établissement des écoles ; — le relèvement de l'académie, — la création de nouvelles chaires. Cependant, le règne de Napoléon ne devait pas contribuer à ramener sur les bancs des auditoires les étudiants, dont le nombre allait en diminuant. L'administration vaudoise, qui avait à sa tête A. Pidon, fit, pendant tout ce temps, les plus louables efforts pour remédier au mal dont l'Europe entière avait à souffrir. Quant à l'église, elle ne subit pas de changements pendant cette

1 « Après cinq années d'émotions politiques sous le régime unitaire, les besoins religieux se réveillèrent et les deux communions chrétiennes semblèrent se rapprocher par des principes de tolérance que les doctrines du XVIIIe siècle et de la révolution française avaient fait passer dans les esprits. L'adoption d'un jour commun de jeûne, de prières et d'actions de grâces pour la confédération entière, parut une manifestation de ce double fait. » (Ch. Monnard. Hist. de la Confédération suisse, tom. XVIII, pag. 484.)

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