‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 24 sur 243 · CHAPITRE t · texte numérisé non relu

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période. Le souffle de la liberté n'enfla jamais ses voiles, et comme les ordonnances ecclésiastiques promulguées autrefois par Berne .avaient encore force de loi, le gouvernement vaudois ne s'attribua à lui-même vis-à-vis de l'église d'autre mission que celle de la gouverner et de la protéger1. Les hommes alors au pouvoir, formés à la pratique des affaires dans un temps singulièrement difficile, voulaient, avant toute chose, l'ordre dans l'église comme dans l'état. Or, ce qu'ils appelaient de ce nom. c'était tout simplement la soumission de l'église au pouvoir civil. Cela apparaît manifestement clans les communications adressées par le petit conseil aux classes du clergé. Le ton de l'autorité est froid, roide, impératif, son style est bref, sec, dénué de tout tempérament. De leur côté, il faut avouer que les classes sont d'une humilité qui passe toute idée. Ge ne sont pas seulement les témoignages d'un légitime respect qu'elles donnent à l'autorité civile, ce sont les preuves d'une soumission parfois servile.

On sait que la première séance du premier grand conseil vaudois, issu du régime de l'acte de médiation, eut lieu le 14 avril 1803. Le jeudi 26 mai suivant, à 9 heures du matin, eut lieu, dans la grande église de Lausanne, la cérémonie de l'installation et de l'assermentation des deux conseils. Le doyen Secretan, premier pasteur de Lausanne, avait été invité à faire iui-même le service religieux et à préparer pour cet effet, d'abord un sermon ana logue aux circonstances, ensuite une formule de prières qui devait être lue après le sermon et immédiatement avant la prestation du serment. La chose se passa effectivement ainsi ; mais ce qui nous intéresse tout spécialement ici, c'est que le rapport sur l'assermentation des fonctionnaires publics, dû à la plume

1 « Vaud garda les ordonnances ecclésiastiques bernoises: pour l'église, Vaud ne fut que l'ancienne Berne sous un nouveau nom. La liberté protestante n'existait pas de fait à la faculté de théologie de Lausanne. » (Ch. Monnard. Hist. de la Confédération suisse, tom. XVI II.)

d'A. Pidou, renfermait un post-scriptum adressé uniquement au petit conseil et qui est probablement le premier spécimen des relations du gouvernement vaudois avec l'église du pays. C'est de ce post-scriptum que nous avons extrait ce qui précède sur la cérémonie de l'installation des deux conseils. Seulement, ce document se termine par une phrase qui indique clairement le terrain sur lequel l'autorité civile comptait se placer immédiatement dans ses relations avec l'église. Cette phrase, la voici : cette formule (la formule de prière) devra être communiquée au petit conseil avant le 20 de ce mois (mai), pour être par lui examinée et approuvée1 . L'autorité civile se déclare donc compétente pour examiner des prières, peser les expressions d'une formule religieuse, approuver ou désapprouver la rédaction demandée au premier pasteur de Lausanne. Voilà bien toujours la césaropapie; la théorie du prince-évêque , la théocratie en plein christianisme î Voilà le principe qui dirigera désormais le gouvernement vaudois dans sa conduite, soit vis-à-vis de l'église qu'il traitera comme une branche de l'administration civile, soit vis-à-vis des ministres dans lesquels il ne verra guère autre chose que des fonctionnaires publics-.

Le régime inauguré en 1803 ne vit paraître que peu de lois relatives à l'église et à ses ministres, mais le gouvernement apporta une certaine sollicitude à améliorer la position matérielle du clergé. Une résolution du 3 juin 1805 établit sur un nouveau pied les pensions des ministres de l'évangile et celles de leurs veuves et de leurs orphelins. Dès le 1er janvier 1806, les impositionnaires prenant une cure devaient avoir trente sacs de froment, mesure de Lausanne, valeur payée en numéraire, et 400 fr. en argent. Une indemnité de logement serait accordée là

1 C'est nous qui soulignons.

* Cette idée du clergè-tonctionnaire, officier de morale et d'instruction, semble avoir été empruntée à Mirabeau. (Voir de Pressensé.)

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