CHAPITRE XX
Examen de la loi du 20 mai. — Les critiques qui en furent faites. — Vinet : Du respect des opinions. — F.-C. de la Harpe: Observations d'un citoyen du canton de Vaud sur la loi du 20 mai. — Fivaz: Mémoires inédits. — Les Archives du christianisme. — Lettre de M. de Staël au landammann Monod.
A la veille de la promulgation de la loi du 20 mai, M. Vinet avait préparé une brochure qui parut peu après ce moment, sous ce titre : Du respect des opinions. C'était bien une condamnation anticipée de la loi, puisque l'auteur revendiquait comme
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un droit ce que la loi allait bientôt poursuivre comme un délit et puisqu'il s'élevait avec force contre cette tyrannie dont on use souvent à l'égard des opinions que l'on ne partage pas soi-même. Cependant cette brochure était une condamnation indirecte, puisque l'auteur évitait tout naturellement l'examen d'une loi qui n'avait pas encore été adoptée. « Le droit naturel de toute opinion, dit Vinet, c'est de s'exprimer librement et de n'être condamnée qu'après examen. Voilà le seul respect qu'elle exige.... L'opinion de la multitude se forme de telle manière, qu'elle ne saurait être pour l'individu un motif suffisant et impérieux de croire.... Le devoir est d'examiner si l'on ne veut pas se taire, ou de se taire si l'on ne veut pas examiner. » C'est ainsi que Vinet posait les vrais principes que le gouvernement vaudois aurait dû suivre et pratiquer du moment qu'il se croyait appelé à juger des opinions ou des croyances qui se faisaient jour dans l'église. En parlant comme il le faisait, Vinet ne songeait nullement à mettre l'erreur sur le même pied que la vérité et à se comporter d'une manière indifférente vis-à-vis de l'une comme vis-à-vis de l'autre. Nullement ! « Nous ne devons, dit-il, aucun respect aux erreurs ; mais nous devons du respect à toute croyance sincère. » Voilà en effet ce qui, aux yeux de Vinet, a une valeur considérable, la sincérité, et voilà précisément ce que méconnaissaient alors absolument les adversaires du mouvement religieux. Ils ne voulaient voir dans les ministres démissionnaires et dans leurs adhérents que des hypocrites et des orgueilleux, des ambitieux et des rebelles, des hommes intéressés. Us ne croyaient pas à des mobiles plus nobles, plus élevés, plus généreux, et Vinet essayait de les éclairer en leur montrant du doigt le vrai chemin à suivre. Et comme le gouvernement vaudois avait insisté sur la nécessité de la répression des actes, tout en prétendant respecter les convictions, Vinet lui répondait: « Il est des personnes qui trouvent fort bien qu'on ait une opinion et fort mauvais qu'on l'exprime,.... comme si cela était possible, légi-