CHAPITRE XX
daction de la loi du 20 mai. a Elle ne pouvait être que vicieuse, dit-il, c'est une loi fondée sur un mauvais principe elle présente un vague effrayant dans son dispositif, etc. » Le Nouvelliste avait donc fait lui-même bien des pas depuis le jour où, tout libéral qu'il voulait être, il entreprenait de démontrer la légitimité et l'innocuité de cette loi2.
La loi du 20 mai était injuste dans son principe. Elle ne respectait nullement la liberté de conscience ; elle attaquait même la liberté de penser, puisqu'elle condamnait la vraie foi et lâchait la bride des passions contre ceux qui la professaient. Elle attaquait la conscience; elle était un acte de despotisme inouï, dans le temps même où elle parut. Les magistrats prétendaient dominer sur les consciences en prescrivant un certain culte et en condamnant tout autre culte chrétien. Aussi, deux ans ne s'étaient pas écoulés depuis la promulgation de cette loi qu'un pasteur vaudois pouvait écrire ceci : « Personne dans notre pays n'a le courage de s'élever publiquement contre cette loi, de peur d'être confondu avec ceux qu'elle atteint, mais elle est désapprouvée de toute part. Personne ne veut plus l'avoir faite ou favorisée ! On se plaint d'avoir été induit en erreur ou d'avoir été surpris. On crie contre la St. Barthélémy et la révocation de l'édit de Nantes et on fait des lois qui sont marquées au même coin d'intolérance et d'injustice5.»
La loi était cruelle. Elle condamnait à des amendes ; c'était là le moindre mal. Elle décrétait des emprisonnements, des bannissements. Elle déchaînait ainsi les passions du peuple qui se croyait
1 Nouvelliste vaudois, 1829, N° 42. * Nouvelliste vaudois, 1826, N° 90.
3 Mémoires inédits de M. Fivaz. 2 avril 1826.
406 livre m.
autorisé à tons les excès. Et c'était un gouvernement paternel qui traitait ainsi ses enfants! C'était dans une république, dans un canton réformé, libéral, éclairé, qui avait pour devise les beaux mots de liberté et de patrie, que ces choses se produisaient! On a peine à croire que cette loi ait réellement existé et l'on conçoit la souffrance morale que devaient éprouver ceux des magistrats qui, tout en la désapprouvant, se croyaient obligés, par leur serment, à la faire exécuter.
Dans la loi du 20 mai, tout était vague, ténébreux, inconséquent, contradictoire, abusif. C'était un mélange d'impiétés, d'inepties, de pièges tendus, de soi-disant libéralisme, un rapprochement et une confusion de tous les extrêmes. Tous les droits les moins contestés et les plus sacrés s'y trouvaient attaqués. « Nous nous en apercevons à chaque instant dans nos défenses individuelles, écrit encore Fivaz. Elle fuit sons chacun des raisonnements : ce sont des coups d'épée dans un brouillard, et il reste toujours les mots de secte, de séparation, une injure blasphématoire que nous n'osons nommer.... Si nous nous défendons d'être sectaires à cause de la doctrine que nous professons, on nous dit que notre séparation constitue la secte. Si nous crions qu'on n'a pas le droit de nous punir pour notre séparation, on nous répond que nous professons une doctrine nouvelle et contraire à la religion de l'état et que nous sommes des sectaires. Si nous insistons sur l'examen de nos principes, la loi déclare qu'elle ne veut pas de discussions théologiques, etc. Les battus ici paient toujours l'amende. En vérité, cette loi est unique en son genre ! »