CHAPITRE XX
ou passionnée que la sainte autorité des lois a été établie?... » Et ici , les Archives démontrent avec la dernière évidence que le gouvernement vaudois avait la plus grande influence sur l'esprit du peuple et qu'il n'aurait tenu qu'à lui de faire respecter la tolérance et la justice. C'est ce que nous avons nous-même essayé de démontrer dans les pages qui précèdent. Bien plus 1 Le gouvernement vaudois, loin d'user de son influence dans le sens de la tolérance et de la justice, n'a rien négligé pour exciter les passions. C'est ce que prouve également un simple coup-d'œil jeté sur la conduite tenue antérieurement par le gouvernement vaudois, dans les affaires religieuses. « Ne serait-ce pas une odieuse et cruelle dérision que de donner pour excuse à des mesures de rigueur, les passions et les préjugés que les auteurs mêmes de ces mesures se seraient plu à répandre dans l'esprit du peuple? »
On disait que la loi était mauvaise S qu'il y avait un vice radical dans son principe et une rigueur excessive dans ses dispositions, mais qu'elle ne serait pas exécutée et qu'elle inspirerait seulement une crainte salutaire en rétablissant le calme. Lorsque les Archives entreprenaient la réfutation de pareils arguments, elles avaient déjà pour elles les preuves de fait que les tribunaux vaudois s'étaient chargés, et se chargeaient tous les jours de lui fournir, en exécutant la loi dans toute sa rigueur. Les erreurs et les fautes dans lesquelles les dissidents avaient pu tomber n'étaient en aucun cas des motifs suffisants pour les persécuter. « Ce qui nous occupe aujourd'hui n'est point une question de haute métaphysique religieuse, c'est une question de simple justice et de simple bon sens : c'est de savoir si des hommes vertueux dans leurs relations sociales, si des citoyens irréprochables dans leurs actes, seront poursuivis pour les sentiments intimes de leurs cœurs; si les tribunaux civils d'un pays libre et protestant seront assimilés au saint-office de l'Espagne
1 // fallait une loi bonne ou mauvaise ; elle s'est trouvée mauvaise ! disait le professeur L**% en en prenant assez facilement son parti.
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superstitieuse et asservie; si des municipaux de village deviendront juges en matière de dogme et d'hérésie, et si la prédication de chaque ministre de l'évangile sera soumise à cette inquisition subalterne : c'est de savoir si on sera persécuté, emprisonné, banni pour avoir prié Dieu et lu la bible avec des amis, et si, sous le vain prétexte d'une dissidence d'opinions dogmatiques, des citoyens paisibles pourront être impunément injuriés et maltraités par une populace brutale. »
Sans doute, les adversaires de la minorité persécutée n'étaient pas tous des hommes violents et ennemis de la piété chrétienne. Il y en avait parmi eux qui étaient aveuglés par les préjugés ou par l'amour ùuMatii-quo. Mais cependant, ce qui animait contre les séparatistes la majorité de ceux qui les attaquaient, c'était « moins la désapprobation de certaines doctrines, peut-être condamnables, que la haine de tout sentiment de dévotion. Ce qui importunait dans les séparatistes, ce n'était pas l'exagération de tel ou tel dogme, c'était la piété évangélique elle-même ; ce que l'on redoutait, c'était qu'une morale plus pure et plus austère ne vînt demander le sacrifice d'un plaisir grossier ou d'un sentiment égoïste. Si l'on était tenté de révoquer en doute la vérité de cette assertion, que l'on parcoure les portions du canton de Vaud où les dissidents ont été le plus vivement persécutés, que l'on voie quels sont les chefs et les promoteurs des émeutes. Que l'on observe les faits d'un œil impartial, et que tout homme équitable prononce l. »
Dès le jour où la loi du 20 mai fut promulguée, on peut dire
qu'elle pesa comme une insulte sur l'honneur national2. En pas-
' Archives du christianisme , mars 1825. 2 Le Semeur, 1833, 15 novembre.