‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 237 sur 243 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

sant de la rue dans la loi, l'intolérance revêtait ainsi aux yeux du peuple un caractère qui devait l'imprimer plus profondément dans les mœurs. Mais en même temps cette loi attirait sur notre pays l'attention des hommes cultivés et libéraux de l'Europe, et provoquait de leur part de sévères critiques. Le célèbre jurisconsulte anglais, lord Brougham, le chef des wighs, écrivit alors un ouvrage contre la loi et contre les actes violents qu'elle avait provoqués, en même temps que la Revue d'Edimbourg se faisait l'organe des protestations de l'Ecosse libérale.

Mais parmi toutes les protestations et les critiques dues à des plumes étrangères, il en est une en particulier que nous devons à nos lecteurs, parce qu'elle se recommande soit par le nom de son auteur, soit par le sentiment qui l'a dictée, soit encore par le sérieux et la force du raisonnement. Voici ce que le baron Aug. de Staël écrivait de Coppet, en date du 5 octobre 1824, au landammann Monod :

« Avant de retourner à Paris, où mes affaires m'appellent, souffrez monsieur, que je vous ouvre mon cœur avec une confiance que votre bonté autorise. Cette confiance est d'autant plus grande que lorsque j'ai eu l'honneur de causer avec vous à Lausanne, j'ai été assez heureux pour que mes idées se soient trouvées d'accord avec les vôtres sur plusieurs points.

Je suis navré des querelles et des persécutions religieuses dont le canton de Vaud devient le théâtre. A ce sentiment se joint la plus intime conviction que la législation actuelle et la marche adoptée par le gouvernement, loin de pouvoir guérir la plaie, ont pour résultat inévitable de l'envenimer et de la rendre plus profonde, et je tremble des maux où votre beau pays peut être entraîné d'un moment à l'autre.

Lorsque parut l'arrêté du conseil d'état contre le parti religieux qu'on désigne sous le nom de mômiers , j'en témoignai toute ma douleur à M. Secrétan et je lui exprimai une opinion, qui, je puis le dire, était moins la mienne que celle de tous les amis de la liberté et de tous les publicistes avec qui j'ai eu l'occasion de parler de ces malheureuses discussions. Peu de choses m'ont causé dans ma vie plus de surprise que de m'être trouvé en dissentiment sur ce point avec un homme aux lumières duquel je rends, sous d'autres rapports, une haute justice.

J'espérais néanmoins que les choses se calmeraient, et que le gouvernement, reconnaissant par expérience les inconvénients de l'arrêté, adopterait dans sa sagesse paternelle le seul parti qui pût rapprocher les esprits, celui de la douceur et d'une justice égale pour tous. Quel étonnement pénible n'ai-je donc pas éprouvé, lorsque j'ai eu connaissance de la loi qui transforme un état provisoire en un mal durable et qui ajoute des rigueurs inouïes aux mesures déjà trop sévères prescrites par l'arrêté. Cette loi, je ne crains pas de le dire avec la plus inébranlable conviction, est souverainement injuste et déraisonnable dans son principe, cruelle dans ses dispositions, et si vicieuse dans la forme, qu'elle deviendra pour les tribunaux une source intarissable de troubles et de confusion. Vous voyez, monsieur, avec quelle franchise j'ose vous en parler; ma conscience me dit hautement que comme homme, si ce n'est comme magistrat, vous en portez le même jugement que moi. L'impossibilité d'appliquer une pareille loi avec quelque ombre d'équité est même le seul argument que j'aie entendu avancer en sa faveur par ses plus chauds partisans. C'est une loi ad terrorem, m'a-t-on dit, on ne l'appliquera point, mais elle atteindra le but qu'on se propose, elle calmera les esprits. — Quelque faible que fût un tel raisonnement, j'ai cherché longtemps à me persuader qu'il n'était pas dénué de fondement; mais il faut se rendre à l'évidence.

Le jugement du tribunal de Vevey prouve que la loi s'exécute, et ce qui se passe sur plus d'un point du canton ne prouve que trop que les esprits sont loin de se calmer.

Pendant mon séjour à Coppet, je me suis fait un devoir d'étudier les faits avec une scrupuleuse impartialité; j'étais peut-être placé à cet égard dans une position plus favorable qu'un autre. Le district que j'habite, est resté, grâces à Dieu, étranger aux malheureuses scènes qui ont affligé d'autres parties du canton ; je n'ai donc point été troublé par ce qui se passait autour de moi. Quoique attaché de cœur et pour jamais aux principes sur lesquels repose l'indépendance du pays de Vaud, quoique Suisse par les souvenirs et les sentiments de toute ma vie, je ne le suis point par mes droits politiques ; mon jugement n'est donc point influencé par le désir ou la crainte de plaire à tel ou tel parti. Je ne connaissais pas même de vue les jeunes ministres démissionnaires, ni une seule des personnes à qui l'on fait un reproche de fréquenter leurs assemblées religieuses, et j'ai d'autant moins à me défier de quelque partialité en leur faveur que je suis lié d'amitié et d'habitude avec quelques-uns de leurs adversaires les plus prononcés. — Je me suis enquis de la vérité,

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