CHAPITRE II
ensemble dans l'église et dans l'état; l'acte de baptême servait d'inscription dans le registre civil ; on apprenait aux écoles publiques avec la même docilité le catéchisme et les règles de l'arithmétique, et la première communion était en rapport avec le commencement des exercices militaires. On portait le titre de chrétien comme celui de citoyen, sans réclamation et souvent sans conséquence1. »
Le peuple du pays de Vaud avait donc les formes, les apparences, les pratiques d'un peuple chrétien. Après la réformation, sous l'influence de la prédication de l'évangile et des doctrines chrétiennes, et aussi, il faut le dire, grâce à la pression exercée parles lois, on vit peu à pendes habitudes religieuses s'emparer de la population. Les sermons, alors bien plus abondants que de nos jours, étaient fréquentés, ainsi que les autres exercices religieux, les catéchismes publics et les interrogats* . Les consistoires ou tribunaux de mœurs, mi-partie civils et ecclésiastiques, tenaient fortement la main à l'observation, extérieure du moins, des lois religieuses A la vérité, ces tribunaux coulaient trop souvent le moucheron pour avaler le chameau, et ils se vengeaient sur le petit peuple des libertés que prenaient messeigneurs les baillis. Grâce à la fiction légale de l'état chrétien, le pays de Vaud était gouverné théocratiquement, avec cette différence toutefois que les rôles étaient intervertis, et que c'était le pouvoir civil qui dominait sur l'église. L'état exerçait luimême la discipline ecclésiastique et, tout en imposant à celui qui voulait contracter mariage l'obligation de posséder un billet de bible aussi bien qu'un mousquet, il faisait également aux ci-
1 Ch. Monnard. Hist. de la Confédération suisse, tom. XV11I, pag. 491.
8 « A des époques régulières, tous les membres d'une paroisse, adultes, quelque lût leur âge ou leur sexe, subissaient, en public, dans le temple, un interrogatoire sur la religion. Un pasteur adressait les questions. Cet usage, qui remontait au berceau de la réformation, avait pour but primitif la conservation de la doctrine réformée. Les interrogats ont subsisté jusqu'à la révolution de 4798. » (A. Gindroz. Hist. de l'instruction publique, pag. 419.)
loyens un devoir de s'approcher, aux jours fixés, de la table de communion.
A ce point de vue assurément, on pouvait dire que le peuple du pays de Vaud était religieux, et ceux qui n'y regardaient pas de plus près s'y trompaient facilement. C'est un point qu'il ne faut pas perdre de vue lorsqu'on étudie les relations du temps et que l'on veut savoir d'une manière un peu précise où en était véritablement notre peuple â l'égard de la religion.
Quant à la doctrine elle-même, elle avait, dans le cours des temps, subi plus d'une variation et dévié sensiblement de Yorthodoxie primitive. On sait qu'entre Viret et Calvin régnait une grande conformité de vues et que les écrits de ces deux réformateurs furent, à l'origine, le vade-mecum du clergé vaudois. Cependant, Berne, qui voyait de mauvais œil l'influence de Calvin sur les ministres du pays de Vaud, chercha de bonne heure à la contre-balancer et à l'affaiblir. La lutte dans laquelle Leurs Excellences s'engagèrent avec le clergé eut pour première conséquence la démission de Viret et de quarante de ses collègues, en 1559, et pour résultat définitif l'omnipotence de l'autorité civile en matière religieuse et ecclésiastique.
Plus tard, les ministres du pays de Vaud se montrèrent favorables à l'orthodoxie adoucie de l'école de Saumur qui s'écartait en quelques points des rigides formules de la confession helvétique. Mais, pour Berne, cette confession était comme un second évangile, ét ce qui intéressait particulièrement la puissante république, c'est que « attaquer la confession, c'était se révolter contre l'autorité qui l'avait imposée, autorité aussi jalouse de commander en matière de religion que sur tout autre objet »
1 A Gindroz. Hist. de l 'instruction publique, pag. 68.