CHAPITRE II
De là, la signature forcée du Consensus et les troubles qui en furent la suite 4.
Le catéchisme de Berne, qui n'était autre que celui de Heidelberg, avait été introduit d'office dans les écoles du pays de Vaud comme manuel d'enseignement religieux. Mais déjà à la fin du XVIIe siècle, on commençait à abandonner ce catéchisme, et lorsque celui d'Osterwald eût paru (1702), il prit peu à peu la place de son prédécesseur. En 1710, Leurs Excellences donnèrent bien des ordres sérieux pour que l'on conservât le catéchisme primitivement employé, toutefois l'usage qui s'introduisait l'emporta sur les ordres du souverain. — On peut considérer le catéchisme d'Osterwald comme la véritable peinture de l'état de dégénérescence où était tombé l'enseignement religieux parmi nous. L'introduction de ce manuel coïncide avec le changement qui s'accomplissait parallèlement dans la théologie du clergé vaudois, laquelle prenait peu à peu une teinte osterivalclienne, et tel est bien le caractère de la doctrine dans le pays de Vaud, au moment où éclate la révolution helvétique. Ce grand événement politique n'eut., il n'est pas besoin de le dire, aucune influence sur la doctrine enseignée dans et par l'église; mais il est important, pour notre dessein, que nous tenions compte de la couleur théologique alors dominante. L'orthodoxie primitive, réduite à ses points fondamentaux, se retrouve bien toujours à la base de la prédication: ce sont les doctrines capitales de l'Ecriture sainte dans leurs traits principaux 2 et, à cet égard, Vaud présente avec Genève un contraste frappant sur lequel nous n'avons pas à insister ici, mais qui devint,
1 La résistance au Consensus (1675-1723) fut autant politique que théologiaue. C'était celle du pays soumis contre le pays conquérant. « On vit alors, dans ces fameux débats, notre antipathie pour les opinions outrées et dans le maintien d'une orthodoxie relative, notre conservatisme religieux. » (A. Bauty, Chrétien évangélique, 1865, pag. 453.)
* « Les dogmes de la Trinité, de la divinité de Jésus-Christ, et de la Rédemption n'ont jamais disparu parmi nous. » (Bauty. Chrétien évangélique, 1865, pag. 458.)
MOUVEM. REL1G. I. 3
à plus d'une reprise , la cause de ruptures entre les deux clergés.
Nous savons tout ce qu'on peut reprocher à une orthodoxie froide, sèche, purement dogmatique et surtout à une orthodoxie qui, à ces défauts-là, ajoute encore celui d'être muette sur des questions importantes. Néanmoins, il faut reconnaître que celte portion d'orthodoxie était un dépôt précieux et comme une pierre d'attente pour le jour où le réveil de la piété viendrait vivifier les doctrines conservées, remettre en lumière celles qui étaient voilées et leur rendre à toutes leur puissance sur les âmes 1 . Seulement, il est tout simple que la prédication ait porté le cachet de la théologie courante et qu'elle ait peu à peu abandonné le dogme pour se retrancher derrière la morale. Cette prédication lâche et molle ne portait sur les dogmes qu'à l'occa sion des grandes fêtes de l'église chrétienne2. Et comme elle n'était pas militante, elle ne provoquait pas d'opposition. « De conversion, de régénération, de l'œuvre du Saint-Esprit, de gratuité du saint, de pleine assurance de pardon en Christ, il n'en était plus question, généralement parlant 5. » Le pasteur Fréd. Monneron, faisant allusion à l'état de la prédication de son temps, écrivait les lignes suivantes qui jettent un jour aussi triste que lumineux sur le peu de place que les pasteurs donnaient, dans leur vie, à l'étude et le peu d'importance qu'ils semblaient attacher au fond de leur prédication : « En dirigeant l'attention des ministres de la religion sur des vérités dont ils ne peuvent trop se pénétrer, on verrait bientôt se ranimer au milieu d'eux une émulation de connaissances et de savoir qui
! « 11 est resté chez nous un dépôt d'orthodoxie qui, bien que mort à plusieurs égards, s'est trouvé être un vrai trésor lorsque le souffle de Dieu est venu l'animer. » (Assemblée générale de la société des missions de Lausanne en 1828 : Discours de M. le ministre S. Pilet-Joly.)
1 Entre autres pendant les six semaines qui précédaient la Pâque. A l'occasion de ces prédications de la Passion les temples étaient combles.
8 Bauty. Chrétien évanyélique, 1 865, pag. 458.