‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 29 sur 243 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

paraît être sur le point de s'éteindre. Plusieurs d'entre eux, bornant l'étude de toute leur vie à celle des cours académiques qu'ils ont dû suivre dans leur jeunesse, reviennent peu sur des objets qui devraient faire leur méditation journalière. Contents de prêcher par une sorte de mécanisme dont les moyens sont devenus vulgaires, de manière à produire ce qu'on appelle des effets, ils ont abandonné les ressources fécondes et variées d'une érudition qui valut les plus grands succès aux orateurs sacrés qui en connurent le véritable usage. En substituant à des connaissances solides, dont l'acquisition, il est vrai, ne se fait point sans peine, des sentiments vagues et généraux qu'ils tirent aisément de leur propre fonds, ils ont ôté aux enseignements évangéliques les principes qui en sont l'appui, et lié leurs succès à des impressions momentanées et fugitives.... Parce que nos pères n'étaient que doctrine, on ne veut plus être que morale^ » A cette date de notre histoire religieuse, ce que l'on prêchait était donc la loi dans toute sa rigueur. Mais la morale, séparée de sa base, en venait à n'être plus que la morale de l'honnête homme et la morale utilitaire. C'est alors, comme le dit Vinet, « qu'une orthodoxie boiteuse voulait apprendre à marcher droit à un moralisme chancelant qui affectait de s'étayer de quelques tronçons de l'Ecriture-. » « Le règne des théologiens n'était plus; celui des philosophes l'avait remplacé5. » Toutefois, ils étaient bien rares certainement, les pasteurs que l'on aurait pu accuser d'hétérodoxie nettement formulée ou de rationalisme théorique, et le caractère général des sermonnaires de cette époque est le manque de nerf et de précision dans la doctrine*. Les prédicateurs se livrent volontiers à* des dissertations sur la

1 C'est nous qui soulignons. Vues d'un cosmopolite, 1803.

* Notice, sur Stapfer.

3 J. Olivier. Hist. de la révolution helvétique.

* Le christianisme modéré de l'Angleterre, représenté par les sermons de TiJlotson et de Blair, était fort goûté des pasteurs vaudois.

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bonté de la Providence et sur les soins qu'elle prend de l'homme, sur la vertu et les joies dont elle est la source; sur le bonheur de posséder une belle patrie, etc., etc.1. Les fruits de cette prédication étaient tout naturellement le formalisme religieux, le sommeil spirituel, c'est-à-dire un état d'autant plus dangereux qu'il n'était pas accompagné de la négation formelle des dogmes chrétiens et que le drapeau officiel de l'église était toujours les livres symboliques : la confession de foi helvétique, les actes du synode de Berne de 1532 et l'abrégé du catéchisme de Heidelberg. Aussi, bien que tout esprit chrétien n'eût pas entièrement disparu, les familles pieuses étaient cependant de rares exceptions parmi nous.

Dans la période qui nous occupe, si l'on en excepte toutefois ceux des Real et des Curtat, on ne pourrait guère citer de noms un peu marquants dans la prédication , au sein de l'église vaudoise.

Parlerons-nous du bon Durand qui, dans sa jeunesse, ayant abandonné le catholicisme et embrassé la foi réformée, s'était consacré au ministère ecclésiastique et dont l'influence fut si grande sur plusieurs générations d'étudiants? « Sa mort, dit M. A. Gindroz, fut une perte publique ; il était devenu l'homme

1 * L'éloquence, qui n'est qu'un de? moyens de la vérité, semble avoir obtenu,

dans le système des études de nos jours, un rang avant la vérité elle-même On

entend tous les jours des discours presque religieux, dont il serait difficile de tirer un trait de lumière, et qui ne doivent le faible degré d'attention qu'ils excitent qu'a une suite d'images, d'expressions et de mouvements qui arrêtent la pensée sans la fixer. On semble dédaigner aujourd'hui de présenter les principes delà religion avec cet appareil d'autorité, cette force de démonstration et cette évidence de la sagesse qui jettent dans le cœur des impressions profondes qu'il retient même malgré lui. * (F. Monneron. Vues d'un cosmopolite.)

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