‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 30 sur 243 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

de tous, l'ami de tous ; on avait besoin de le voir, de l'entendre. On savait l'heure de sa promenade et on l'attendait. Il semblait qu'il était un monument qui appartenait à la ville et qui la caractérisait. Les étudiants , en particulier , s'étaient transmis d'âge en âge l'habitude de l'aimer, de le visiter et de l'écouter*. »

Mais, si nous en croyons M. Gindroz, le temps avait manqué à l'âme de Durand pour se recueillir profondément; sa pensée n'avait pas rassemblé et concentré ses forces. . Dans ses leçons

• M. A. Gindroz, dans son Histoire de l'instruction publique dans le pays de Vaud (pag. 255-260), consacre quelques pages attendries au souvenir de Franç.-Jacob Durand. (1727-1816.) Nous y renvoyons nos lecteurs, ainsi qu'au discourt- que prononça le landaniman A. Pidou, le 10 janvier 1817, en installant le professeur de littérature française. M. Vinet, alors étudiant, prononça sur la tombe de Durand un discours qui lit grande sensation. Voici, à ce sujet, ce que nous lisons dans une lettre de l'un des condisciples de Vinet. Sous date du 19 avril 1816, M. Spencer Guisan écrivait ce qui suit à sa mère. « Le bon monsieur Durand.... était tellement aimé de nous tous, que nous avons résolu de porter son deuil pendant huit jours et de lui élever un monument. Il est mort avant-hier matin, et était dans sa nonantième année. Nous l'avons enterré cet après-dîner avec tous les honneurs qui lui étaient dus. Tous les proposants, au nombre de cinquante environ, étaient en grand costume, c'est-àdire, petit collet et manteau et avaient un grand crêpe traînant. Les vingt plus anciens étaient occupés à porter les bouts du drap ou faisaient l'office de porteurs, à rechange. Les autres étudiants, au nombre d'environ cent personnes, étaient simplement en manteau et crêpe. Outre les professeurs, ministres et régents du collège académique, il y avait encore une suite d'à peu près cent personnes. Arrivés au cimitière, l'un d'entre nous (Vinet) fit à l'éloge du mort un petit discours fort touchant, qui ne manqua pas de produire son effet. Les plus sensibles commencèrent à avoir les yeux humides. J'avoue que je ne fus pas des premiers, mais je ne fus pas des derniers non plus, et je ne tardai pas à avoir le cœur serré. Bientôt tout le monde s'en mêla et à la fin l'on n'entendit plus que des soupirs et des sanglots. 11 y avait sur la bière un bouquet avec le quatrain suivant que je parvins à lire pendant que je servais de porteur:

Les fleurs s'offrent à la jeunesse, Et plus souvent à la beauté ; Moi je les offre à la vieillesse, Aux vertus, à la piété. »

Mentionnons encore la pièce de vers que J.-J. Porchat a consacrée au souvenir du regretté professeur: Durand! ou la cascade de Sauvabelin.

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de morale, il préférait à un système basé sur les dogmes positifs du christianisme une suite de discours rattachés à quelques

passages de l'Ecriture « Dans ses croyances religieuses,

M.Durand n'avait rien de sec, rien d'exclusif ; il était aimable,, généreux et tolérant. » — Si les convictions théologiques de ce professeur n'ont pas été taxées d'hérésies, son orthodoxie a été accusée par les prédicateurs du réveil de froideur et de défaut de vie. Cette accusation, à en juger du moins par les sermons de Durand, n'était pas sans fondement. Que l'on prenne les six ou sept volumes des Sermons nouveaux (1778) ou ceux de l'Année évangélique (1780), et l'on sera tout naturellement conduit à se demander si M. Durand avait une notion claire de la corruption de l'homme, de la nécessité absolue de l'aspersion du sang de Christ pour le salut du pécheur? Comment cet aimable prédicateur comprenait-il la régénération, la conversion1 ? — Si donc, pour Durand, « la prédication était une œuvre digne d'une préparation soignée.» d'un autre côté, on comprend qu'elle fût peu approfondie, parce qu'elle était animée par l'esprit plus que par le cœur, élégante, mais rarement pathétique, et d'un style plus littéraire que biblique2. Ce n'était pas là l'éloquence qui naît de convictions fortes et qui jaillit d'une âme toute pénétrée de la vérité.

Le landammann Pidou, dans le discours qu'il prononça le 23 janvier 1809, à l'installation du professeur Jean-Louis Bridel, parle longuement de deux pasteurs de Lausanne, auxquels il rend le plus beau témoignage: Jean-Fréd. Bugnion et Emmanuel-Louis Chavannes. «t La chaire, surtout, dit-il en parlant du

1 II y a dans les sermons de Durand des expressions qui sentent un peu trop leur XVIIIe siècle et qui reviennent constamment; celle de vertu par exemple. Il y a surtout des paroles bien faites pour étonner. Ainsi, dans le troisième sermon sur l' enfant prodigue, Durand pouvait dire sans sourciller à ses auditeurs: « Nous nous sommes empressé de vous faire envisager la religion de Jésus-Christ, comme un supplément à la faiblesse humaine!! » Voilà qui est bien pélagien.

* A. Oindrez 1. c.

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