CHAPITRE II
ce point son biographe M. L. Vulliemin : «Dans la chaire chrétienne, la parole du doyen Bridel soutenait toujours l'attention. Elle s'élevait à l'éloquence, lorsqu'en des jours solennels, comme ceux d'élections à la magistrature, ou de mise en vigueur d'un nouveau pacte fédéral, il prêchait les devoirs du citoyen, le saint amour de la patrie et l'antique sainteté du serment 1 . » Il semble, en effet, que ce soit dans les sermons de circonstance, que le pasteur Bridel ait rencontré sa ligne oratoire. Le recueil qu'il a publié sous ce titre même en 1816, ne renferme guère que des discours patriotiques ou politiques. La doctrine chrétienne y est rarement présentée pour elle-même et seulement dans des applications plutôt morales que dogmatiques2.
Il serait temps assurément de parler ici des deux hommes qui, à des titres divers, ont le plus honoré le clergé vaudois de cette époque, et qui ont été certainement les plus dignes soutiens de la chaire chrétienne au milieu de nous. Nous voulons parler des doyens Réal et Curtat. Toutefois, en ce qui concerne ce dernier, il nous paraît plus convenable de renvoyer à plus tard ce que nous avons à dire de lui. Il mérite plus qu'une simple mention en passant et nous aurons à lui consacrer de nombreuses pages.
Le doyen RcaL mort pasteur à Romainmôtier vers 1820, avait exercé d'abord son ministère à la Vallée du lac de Joux, d'où, en 1783, il était parti pour Berne. C'est là qu'il eut plus tard pour collègue à l'église française M. Curtat, sur lequel il exerça la plus heureuse influence. Il avait été fort regretté de ses paroissiens du Chenit3. Remarquable par la distinction de son esprit autant
1 Le doyen Bridel. Essai biographique par L. Vulliemin, pag. 274.
* Sermons de circonstance, par Ph. Bridel, pasteur à Montreux. (Vevey 1816.) Ces sermons, sous leur forme de harangue patriotique, sont presque des documents historiques.
3 « Je n'entreprendrai pas de faire son éloge; cependant je ne puis m'empêcher de faire remarquer qu'il possède, dans un haut degré, diverses sortes de sciences et qu'il passe pour un des meilleurs prédicateurs du pays, étant reconnu pour tel
que par le sérieux et l'élévation de sa doctrine, M. Réal était encore un prédicateur éloquent. On ne sait trop comment s'expliquer l'obscurité dans laquelle il fut laissé après son retour dans le canton de Vaud, ni l'espèce d'oubli dans lequel son nom est dès lors tombé. Quoiqu'il en soit, il ne paraît pas avoir participé d'une manière sensible au mouvement religieux dont notre pays était déjà le théâtre dans les dernières années de la vie du doyen. Cela tenait-il à ce que celui-ci vivait alors relégué au fond d'une paroisse reculée ou à son grand âge et à son état d'infirmité? Gela est probable. Il n'en reste pas moins qu'entre tous les ecclésiastiques vaudois de la fin du siècle passé et du commencement de celui-ci , Réal est probablement le seul que l'on puisse à bon droit envisager comme un théologien *.
A l'époque de l'émancipation tout, dans le pays de Vaud, est singulièrement languissant au point de vue religieux. Les horreurs commises parla révolution française n'avaient pas réussi
par les connaisseurs, dont quelques-uns même le mettent au premier rang. Ajou tez à cela une conduite exemplaire et édifiante, une humeur égale mêlée de douceur et de gaîté, sans sortir de la gravité qui convient si bien au caractère d'un pasteur. Toutes ces qualités, jointes à un abord facile, ne peuvent que lui gagner l'estime, l'amitié, la considération et le respect de ceux qui l'approchent. » Recueil historique sur l'origine de la vallée du lac de Joux, par le juge Jacques-David Nicole, 1840.
1 En 1826, M. le professeur Dufournet, qui avait été suffragant du doyen Réal, a publié le Cours de religion chrétienne de son ancien constituant. L'éditeur nous apprend que ce cours servait de texte à l'instruction religieuse que le doyen donnait à la jeunesse, et qu'il présentait le fond de la doctrine prêchée par lui pendant cinquante années. Le cours est divisé en quinze chapitres, dont plusieurs ont une empreinte philosophique très prononcée. Sans contester le caractère évangélique de cet ouvrage, on peut éprouver quelque étonnement à la lecture d'expressions comme celles-ci : « Nos rapports avec le Grand-Etre ; » — « la religion mérite tout l'attachement de Vhomrne sensible. » Ce sont des réminiscences du XVIIIe siècle. Le mot