‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 34 sur 243 · CHAPITRE IT. iô · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT. iô

nisme dam notre patrie. « Userait difficile, disent-ils. de peindre dans quelle détresse d'esprit et de cœur nous sommes plongés depuis deux ans. » Les pasteurs se plaignent de l! 'avilissement où on les jetait continuellement, de l'anéantissement de toute police religieuse de l'accaparement de la cathédrale de Lausanne pour en faire un lieu d'exercices militaires, tandis qu'un autre temple de cette commune était déjà pris pour caserne; de ce que l'on avait ôté aux pasteurs la surveillance sur les mœurs pour les mettre eux-mêmes sous la surveillance de quelque agent subalterne et civil ; des insultes, des menaces qu'on leur prodiguait dans des écrits marqués du sceau du gouvernement, des fausses interprétations que l'on donnait à leurs discours , des tracasseries qu'on leur suscitait devant les autorités pour des minuties; du découragement que toutes ces injustices répétées coup sur coup donnaient aux jeunes gens qui se vouaient au saint ministère ; de la désertion des auditoires de l'académie, des progrès rapides et audacieux de l'impiété, surtout dans cette classe de la société où nul frein d'éducation et de bienséance ne peut mettre de bornes à la plus affreuse corruption. « Telles sont, s'écrient en terminant les signataires, telles sont, citoyens, les sources toujours ouvertes de nos peines les plus cuisantes 1 . » — Cette adresse est signée Ch. Bugnon, doyen.

Comme on le voit, elle renferme des accusations fort graves, non-seulement contre les agents subalternes de l'autorité, despotes au petit pied, qui se vengeaient peut-être sur les ministres des torts qu'ils avaient à se reprocher à leur égard ; mais encore et surtout contre les autorités supérieures, contre le gouvernement de l'Helvétie. Ce sont, sans doute, des accusations de cette nature qui excitaient la colère de Fréd. -César Laharpe et qui lui faisaient affirmer avec quelque vivacité la sollicitude du directoire, dont il avait fait partie, pour les intérêts de la religion*.

' Bulletin helvétique.

« Le clergé protestant montra bien plus d'obstination et de mauvaise volonté (que

L'adresse des pasteurs de la classe de Lausanne fut vivement attaquée, soit par la municipalité du chef-lieu, soit par des militaires, soit encore par des particuliers. Elle fut, en revanche, fortement appuyée par la classe d'Orbe et Grandson.

Cette conviction d'un plan qui aurait été formé pour renverser et anéantir le christianisme mérite d'être signalée, tout au moins, comme indice de craintes sérieuses de la part du clergé. Ces craintes avaient-elles quelque fondement? Il faut le croire; mais peut-être les pasteurs, dans leur sollicitude pour les inté-

le catholique). Il se retrancha derrière ses consistoires, ses synodes, ses classes, etc., et disputa le terrain avec une aigreur toute particulière à cette espèce. L'Ancien Testament fournit à ces messieurs beaucoup de textes pour évacuer leur bile en chaire. Nous fûmes traités comme les roi? d'Israël l'avaient été par les prophètes. Enfin, lorsque le directoire fut renversé, le clergé protestant se donna le plaisir de danser autour de son bûcher, et pour que la mesure du ridicule fût comblée, l'époque de notre administration fut comparée par ces saints à Yère des martyrs. »

« Le clergé protestant qui avait bien moins perdu (que le catholique), se plaisait à nous imputer ses privations, comme si nous avions pu les faire cesser. Ce qu'il ne pouvait surtout nous pardonner, c'était la surveillance que les chambres administratives devaient exercer. Il accueillait avec la même défaveur les réformes relatives à l'instruction publique et en particulier l'institution salutaire des conseils d'éducation, ouvrage du ministre Stapfer, auquel nous avions eu le bon esprit d'apposer notre cachet avec cet empressement chaleureux qui caractérise toujours les mesures tendant à propager les lumières parmi le peuple. »

« Le clergé protestant, qui avait jusqu'alors exercé comme un monopole la surveillance de l'instruction publique, se plaignit avec hauteur, quoique tous les ecclésiastiques d'un mérite reconnu eussent été placés, et murmura de ce qu'on lui refusait, comme privilège exclusif, ce qu'on accordait au mérite personnel de ses membres. »

Ce qui précède est extrait d'une Copie de manuscrits autographes renfermant des détails biographiques sur le général F. -G. de la Harpe. Ces détails sont postérieurs à l'année 1800. (Bibliothèque cantonale.)

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