‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 35 sur 243 · CHAPITRE JI · texte numérisé non relu

CHAPITRE JI

rêts de la religion et dans les regrets que leur faisait éprouver la diminution de leur influence et de leur autorité, s'exagéraientils la portée de certaines paroles et de certaines manifestations '? Cela semble résulter des réponses mêmes qui leur furent adressées. D'un autre côté, il n'était pas possible de nier les progrès de l'irréligion et de l'incrédulité dans le pays et jusque chez les magistrats les plus haut placés. Un homme dont la parole est ici d'un grand poids, Jules Muret, le député du Léman, dans un article du Bulletin helvétique*- reconnaît que « par un concours de plusieurs causes malheureuses, le mépris de la religion est devenu un caractère distinctif de notre âge parmi toutes les classes de la société. » Il avoue les grands progrès de l'incrédulité et de la démoralisation, tout en soutenant qu'il n'existe aucun plan d'abolir le christianisme''. Les confessions de Muret sont d'autant plus graves que, lui-même, était moins suspect, et olles donnent quelque apparence de légitimité aux craintes des pasteurs et de ces cinquante-neuf citoyens de Lausanne et Vevey, qui, dans ce même temps, adressèrent à la commission executive une pétition pour demander le maintien de la religion chrétienne*. Elles légitiment également l'adresse

1 II est à remarquer cependant que des craintes toutes semblables avaient été exprimées en France quelques années auparavant. « Il est certain, dit à ce propos M. de Pressensé, que l'on avait déjà (en 1793) formé le projet d'avilir la religion afin de s'en débarrasser plus tôt. » {L'église, et la révolution, pag. 231.)

2 26 octobre 1800.

3 Le 17 août 1799, le préfet du Léman, en annonçant aux fonctionnaires civils et ecclésiastiques du canton que le jour du jeûne était fixé cette année-là au 8 septembre, parlait « du sentiment profond d'amour et de vénération du gouvernement pour la divine religion chrétienne et sa volonté prononcée de soutenir son culte et ses pasteurs. » Le ministre de l'instruction publique (Stapfer), dans sa circulaire, s'écriait: « Non tu ne nous seras pas enlevé, culte public des chrétiens! » — Il est vrai que depuis le jour où ces assurances avaient été donnés de haut, le temps avait marché et que l'irréligion avait fait des progrès.

4 « Les intérêts humains abandonnaient la carrière ecclésiastique; il fallait disait-on, en finir avec l'église et le clergé. » A. Gindroz. Hist. de l'instruction pu blique, pag. 155. » Ces déclarations contradictoires ne prouvent qu'une chose, sa-

de la classe de Morges et Nyon du 4 juin 1800. à la commission exécutive, sur l'état de ia religion et des mœurs. La classe y parle « de l'indifférence et du mépris que manifestent ouvertement pour la religion et les mœurs, plusieurs membres des premières autorités de la république dans les discours peu mesurés qu'ils se permettent sur ces objets respectables: discours qu'ils ne se contentent pas de tenir en pleine assemblée, qu'ils livrent encore à l'impression, etc. » La classe s'élève en particulier contre l'assertion que tout ce qui n'est pas défendu par la loi est permis ! « Toutes les mesures, dit elle, semblent avoir été prises pour ôter aux pasteurs les moyens de se concilier l'estime et l'affection de leurs paroissiens ; » sarcasmes, ridicule, calomnies, sont déversés sur les pasteurs. Ils ont été écartés de l'administration du bien des pauvres, de l'inspection sur les écoles. On leur a ôté la vigilance sur les mœurs de leurs paroissiens. « C'est ainsi qu'on les a en quelque sorte rejetés de la société.... Que ceux qui s'intéressent encore à la religion et aux bonnes mœurs se transportent dans nos villes et dans nos campagnes avec le souvenir de ce qu'elles étaient, il n'y a que peu de temps, et ils remarqueront bientôt les progrès effrayants qu'ont faits la négligence dans le culte divin, l'indocilité de l'enfance et même sa répugnance aux moyens d'instruction, l'indifférence des pères et des mères sur cet objet important, etc., etc.1 »

Celte pétition, signée /. Mousson, est plus véhémente encore que celle des pasteurs de Lausanne. Si les classes se sont entendues pour faire parvenir des adresses semblables aux autorités supérieures de l'Helvétie, chose fort possible et même probable, ces adresses n'en portent pas moins un cachet de vérité et de franchise qui fait de chacune d'elles une œuvre originale. Il y

voir le protond désarroi dans lequel on vivait alors religieusement aussi bien que politiquement.

1 Registre de la classe de Morges et Nyon. 1800, 4 juin.

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