‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 37 sur 243 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

offre donc, en ce qui concerne Ja religion, un sombre lableau que sillonnent à peine quelques lueurs vacillantes- Cependant ces lueurs elles-mêmes méritent qu'on tienne compte d'elles, et nous aurions grand tort de mépriser le lumignon qui fume encore.

La littérature religieuse de cette époque dans notre pays surtout, si on la compare à ce qu'elle est devenue plus tard, est singulièrement pauvre ; elle en est à ses débuts, et elle tâtonne en cherchant sa voie. Néanmoins les besoins qu elle trahit, ceux

remontant à leur origine, les hommes les plus éclairés, consultent les annales de l'histoire, et étudiant ces temps rapprochés des siècles apostoliques, ils s'aperçoivent qu'à cette époque il s'est passé quelque événement extraordinaire, et que le désiré des nations, le Rédempteur est apparu. Dès là un état de tranquillité extérieure pour l'église, un ton plus décent sur tout ce qui tient à la religion, de grands moyens de rapprochement ouverts entre les diverses communions qui séparent les fidèles, dans notre pays en particulier, tous les établissements religieux entretenus avec soin, le service divin fréquenté, les sacrements administrés et célébrés avec une grande apparence de zèle.

» Telle étant aujourd'hui la situation de l'église, elle ne semble pas d'abord exiger des dispositions bien particulières de la part de ses ministres. Cependant, si vous y réfléchissez, jamais, non jamais, elle n'eut un plus grand besoin de les voir animés de l'amour le plus vif pour leur divin maître. Car je. vous prie d'observer que nous, qui vivons maintenant dans les temps de tranquillité, eûmes cependant le malheur de naître dans ces temps d'orages et d'attaques élevées de toute part contre l'Evangile ; à force d'avoir entendu des discours où l'on appelait la religion superstition, le christianisme fanatisme, les vérités les mieux démontrées des préjugés populaires, et tout cela soutenu d'un ton de hauteur ou avec des plaisanteries arnères, il en est résulté un étal de langueur et d'indifférence chez la plupart de ces brebis que le Seigneur a rachetées par son sang ; la foi n'est qu'une foi chancelante et une apparence de vie ; elles tiennent encore, il est vrai, aux dehors de la piété et aux sacrements de la vie étemelle ; mais on sent que sous ces dehors de piété, il y a quelque abîme de ténèbres dont on n'ose sonder la profondeur. Tel étant l'état actuel, du troupeau de Christ que vous devez paître, je dis que l'amour du Seigneur vous est aussi nécessaire, et si Von peut dire plus nécessaire encore qu'il ne le fut à ses premiers apôtres. »

qu'elle devait faire naître et auxquels elle donnait déjà une certaine satisfaction, tout cela doit être pris en sérieuse considération. Nous avons déjà parlé des sermonnaires les plus répandus elles plus goûtés, nous n'y reviendrons pas.

Au commencement du siècle parut, par les soins du pasteur Philippe Bridel, une réimpression d'un ouvrage publié à la Haye en 1686 et intitulé: Liturgie du père de famille, ou la pratique de la religion chrétienne1. Ce livre était destiné aux chrétiens de toutes communions privés de pasteurs. M. Bridel 'adressait en particulier aux fidèles sous la croix, comme il s'exprimait dans la préface. Le moment de la publication de cet opuscule, dont celle-ci reproduisait assez exactement la physionomie, devait en faire sentir le prix. L'ouvrage lui-même était une espèce de cours de morale, entremêlée de consolations pour les malades; une religion passablement légale et formaliste; une piété privée du souffle vivifiant de l'Evangile, mais entretenue par le besoin que l'homme éprouve de croire en un Dieu juste et bon.

L'année suivante, un homme encore jeune et qui devait devenir parmi nous l'un des publicistes religieux les plus féconds et les plus goûtés, M. Gonlhier, entreprenait la publication par feuillets détachés des Paroles de Huzaïm, fils d'Abiezer* . L'auteur adoptait la forme sententieuse propre à l'Orient et un langage prophétique pour faire comprendre à la Suisse, sa patrie, d'abord dans quels abîmes la révolution française avait précipité les peuples, puis les suites funestes des dissensions dont l'Helvétie avait alors continuellement à souffrir. Il prêchait avec conviction la paix, la concorde, le retour à la religion et aux bonnes mœurs. Les paroles de Huzaïm renferment, sous une forme originale, quelques pages éloquentes, bien que le souffle religieux n'y soit pas encore très sensible.

1 Lausanne, Henri Vincent, 1800.

* Lausanne-Genève, lb02 ; petit in-12. 113 pages

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