‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 39 sur 243 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Pendant que se faisait parmi nous l'intéressant essai de réveiller le sentiment religieux par le moyen de la presse périodique, un pasteur que nous avons déjà plus d'une fois nommé, M. Monneron, qui fut doyen à Lonay, publiait ses Vues d'un cosmopolite pour l'avancement des idées morales et religieuses dans les églises réformées \ au sujet desquelles M. Louis Burnier s'exprime ainsi : « Sans vouloir donner à cet écrit une importance extraordinaire, sans prétendre surtout qu'il ait provoqué le réveil religieux qui se manifesta quinze ans plus tard, nous ne saurions nous empêcher d'y voir un signe remarquable du temps où il parut et l'œuvre d'un homme plein de prévoyance et d'intentions excellentes 2. » Dans nombre de passages, M. Monneron invoque la protection du magistrat pour l'église et contre les hérétiques; dans d'autres, il se montre trop clérical, trophomme d'église, etc. Malgré tout, cependant, l'auteur des Vues d'un cosmopolite peut être rangé parmi les hommes qui , dans un temps de sommeil, ont éprouvé le plus vivement le besoin d'un retour à la religion et à la vie chrétienne. A ce titre , sa brochure pourrait être envisagée comme une lueur réjouissante au sein des ténèbres générales.

Nous en dirons autant d'un écrit également périodique comme la Voix de la religion et que nous pouvons, sans difficulté, considérer comme sa continuation. Nous voulons parler de la Bibliothèque du chrétien, publiée en 1808 et 1809, sous la direction supérieure de M. Henri Piguet, alors proposant à l'académie de Lausanne, et qui mourut quelques années plus tard pasteur à

1 Lausanne, 1803 ; 68 pag. in-8° ; avec cette épigraphe : Je crois à la communion des saints.

i Notice sur A. Rochat , pag. 37.

Cotterd. Dans la pensée de ses rédacteurs, cet ouvrage était destiné a faire revivre de bons écrits devenus introuvables ou trop chers. Son but était Y avancement du christianisme et par conséquent celui de l'utilité publique et du bien général. « Si notre Bibliothèque, disaient les rédacteurs, pouvait contribuer à rétablir au milieu de nous les grandes vérités du christianisme et de la morale religieuse, le vœu de notre cœur le plus cher serait rempli et nous ne demanderions jamais d'autre récompense. » — Nous ne voulons, ajoutaient-ils, blesser ni Genève, ni Rome. C'est assez dire que la Bibliothèque du chrétien devait être à l'usage de toutes les communions et on ne s'étonnera pas qu'elle ait eu un caractère essentiellement apologétique. C'était dans les nécessités du moment, et M. Piguet, de même que M. Gonthier et ses amis, jugeait sainement de l'état religieux de son époque. A la vérité, le désir arrêté de ne blesser ni Genève ni Rome devait bien répandre quelque pâleur sur la plupart des articles de la Bibliothèque, mais les rédacteurs de cette revue pouvaient difficilement devancer leur temps, et cela aurait été trop demander que d'exiger de leur part une plus grande rigueur dogmatique ou confessionnelle.

La Bibliothèque du chrétien renferme peu de morceaux d'un caractère local et vaudois. C'était à l'étranger que notre pays empruntait alors sa littérature religieuse, à la France catholique bien plus encore qu'à l'Angleterre protestante et pas du tout à l'Allemagne. — Pour ce qui est de l'Angleterre, c'est alors qu'elle commence à se montrer chez nous, patronée parle ministre D. Levade. Déjà en 1806, ce dernier avait introduit la littérature anglaise auprès de ses compatriotes, par sa traduction des Preuves du christianisme AePaley. En 1807, il publiait, sur les moyens de perfectionner l'instruction religieuse de la jeunesse, un opuscule qui lui avait été inspiré en grande partie par ce qu il avait vu pratiquer en Angleterre et en Hollande. La Bibliothèque du chrétien ne pouvait manquer de mentionner avec éloge cet

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