‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 44 sur 243 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

litiques haut placés. Nous pourrions nous borner à rappeler ici l'adresse de la classe de Morges et Nyon à la commission exécutive (4 juin 1800), que nous avons déjà en partie reproduite plus haut. Les signataires y constatent avec douleur « les licences et les désordres de la jeunesse, le relâchement dans la police des cabarets, la multiplication des cas d'impureté, etc. Les municipalités, disent-ils, ne se croient pas obligées de veiller là-dessus! » Trois ans après, dans le sein de cette même classe, le colloque d Aubonne proposait de mettre sous les yeux du gouvernement le triste état de la religion et des mœurs de ce pays! Dans l'impossibilité où elle se trouvait d'agir efficacement, l'autorité cantonale invitait bien les pasteurs à continuer leur inspection sur les mœurs; elle les autorisait même, dans le cas où leurs remontrances particulières seraient inutiles, à remettre au président du tribunal de district leurs plaintes par écrit contre les délinquants l. Mais ces moyens étaient en réalité impraticables et ils n'auraient eu d'autre effet que d'aliéner au clergé les cœurs des paroissiens. Il est même étonnant que, nombre d'années après, on ait encore invité les pasteurs à déférer aux juges de paix les scandales pour la répression desquels les tribunaux civils étaient seuls en mesure d'agir2. C'était assigner aux pasteurs le rôle de dénonciateurs et compromettre, par conséquent, l'influence toute morale qu'ils doivent exercer sur les mœurs publiques. Les demi-mesures de l'autorité civile étaient inefficaces, et cependant les classes ne cessent, pendant de longues années, de lui signaler le relâchement des mœurs, les profanations du jour du repos, les orgies causées par les repas d'enterrement, les suites fâcheuses des revues militaires passées la veille des communions ou des exercices du dimanche matin.

1 Registres de la classe de Lausanne. — Chambre administrative du Léman ; 26 avril 1800.

s 17 novembre 1813.

En présence d'un tel état de choses, il est naturel que le clergé vaudois, d'accord en cela avec plusieurs autres clergés ie la Suisse réformée, ait demandé avec instance aux autorités supérieures de la république le rétablissement des tribunaux de mœurs Le clergé considérait en effet ces tribunaux d'un tout autre œil que le peuple, et il se faisait sans doute, sur ce point, de profondes illusions. F.C La Harpe reprochait au clergé son attachement aux consistoires, «équivalent, dit-il, du purgatoire, qui assurait sa prééminence, le faisait respecter et surtout le faisait craindre V »

C'est à partir de l'an 1800 que uous voyons la question du rétablissement des consistoires se poser devant le peuple et devant les conseils de l'Helvétie. Le 22 février de cette année-là, le grand conseil helvétique reçut du pouvoir exécutif un message favorable au rétablissement demandé. Les rapports unanimes de tous les cantons présentaient à la commission exécutive le tableau effrayant d'une dépravation progressive des mœurs publiques. « La surveillance, disait la commission, et la censure exercées par les tribunaux de mœurs , arrêtent l'habitude dans ses progrès et replacent les coupables dans la règle, tandis qu'ils sont encore susceptibles de honte. » Telle était l'argumentation du pouvoir central de l'Helvétie. Elle aurait été péremptoire si l'expérience n'avait toujours confirmé cette parole de notre «divin maître : Faites l'arbre bon et son fruit le sera !

Quelques jours plus tard, le pasteur Bridel, de Moudon, adres sait au grand conseil une demande individuelle dans le même

4 Copie de manuscrite citée plus haut.

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