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sens que le message du pouvoir exécutif. Il signalait en particulier les abus provenant des vendages de vin.
Le 8 octobre, la classe de Lausanne et Vevey entendait la lecture d'un mémoire du pasteur Louis Curtat sur ce même sujet, et elle adoptait ce mémoire, qui fut effectivement communiqué au conseil législatif. La classe présentait le tableau des progrès des mauvaises mœurs et de l'irréligion. Elle prétendait que la suppression subite des consistoires avait porté de rudes atteintes à la moralité publique. Elle réclamait pour les pasteurs le droit à la surveillance des mœurs. Toutefois, les consistoires auraient subi quelques modifications ; ils auraient été renfermés dans de justes bornes et placés sous la haute surveillance des autorités civiles. Enfin, chose regrettable mais qui était dans les mœurs du temps 1 la classe invoquait très nettement le secours du bras séculier pour réprimer tous les attentats contre la religion! On s'étonne que le clergé ait si peu compris que, en présence de la démoralisation dont il se plaignait, le vrai remède ne résidait pas dans l'action compressive de l'Etat, mais bien et uniquement dans l'action régénératrice de l'Evangile. A certains égards, le clergé était moins avancé que les conseils de la nation et les représentants du peuple.
Il est facile de comprendre que les adresses des classes et les délibérations des conseils aient provoqué de vives et nombreuses attaques contre le rétablissement projeté. Les journaux du temps renferment des articles parfois très violents sur cette question. On contestait les allégations du clergé relatives à la démoralisation du peuple. Ce dernier, disait-on, allait tout autant à l'église qu'autrefois, il n'y avait pas plus d'ivrognes, pas plus d'impurs, pas plus de joueurs qu'auparavant4. On prétendait même qu'il y avait infiniment moins de désordres, de disputes, de scandales depuis l'abolition des consistoires-.
1 20 octobre. Bulletin helvétique.
2 Lettre du Chollet; 6 mai 1800. Bulletin Helvétique.
MOUVEM. REL1G. I.
Parmi les adversaires du rétablissement se montrait le député Jules Muret, dont les principes négatifs en fait de religion n'étaient du reste un mystère pour personne l.
Le 8 décembre, le conseil législatif mit fin aux débats, en décidant en principe qu^7 y aurait des tribunaux de mœurs -; mais cette décision ne fut jamais suivie d'effet. Les événements subséquents portèrent ailleurs l'attention, et il est probable que la décision du conseil législatif n'avait d'autre but que de donner satisfaction à quelques esprits, tout en ne changeant rien à l'état des choses. C'était un moyen de gagner du temps et d'écarter, momentanément du moins, une cause de troubles et d'embarras pour l'autorité. Les consistoires demeurèrent abolis de fait et il ne fut jamais plus question de les ressusciter.
Nous venons de voir quel était, au commencement de ce siècle, l'état des mœurs dans notre pays. Le changement de régime politique n'amena pas, on le comprend, une réforme que la législation civile sera toujours impuissante à produire. Si les classes cessent de plaider la cause des consistoires déchus, elles n'en font pas moins entendre des plaintes nombreuses sur le relâchement des mœurs publiques, et ce que les classes ne disent pas, les souvenirs des contemporains ne le disent que trop. Les temps de l'empire ne furent point favorables au relèvement de la piété, de la vie chrétienne et par conséquent des bonnes mœurs. Et, bien que le canton de Vaud ait vu s'accomplir alors dans son sein de notables progrès en tous sens, il n'en subit pas moins, dans une grande mesure, l'influence exercée par la
1 Bulletin helvétique.
* Idem.